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CONTENU DU TOME II
Branche 10. L’histoire de
l’ours, de Renart et du vilain Lietart
Branche 11. Comment Renart et Tiberz le chat chantèrent les
vêpres et les matines
Branche 12. Comment Renart fut jeté dans une charrette de
poissonnier (les anguilles ; le moniage Ysengrin ; la queue et l’eau
gelée)
Branche 13. Voici la branche qui raconte comment Renart améliora
le con du roi Conin
Branche 14. C’est la branche où Renart fit sa confession
Branche 15. D’Ysengrin et du prêtre Martin
Branche 16. D’Ysengrin et de la jument
Branche 17. C’est la branche d’Ysengrin, de Renart et du
grillon (le jambon ; le grillon)
Branche 18. C’est de Renart, d’Ysengrin et du lion et comment
ils partagèrent les proies
Branche 19. Renart médecin (Roonel et le piège des vignes ;
guet-apens contre Brichemer ; le remède de Renart)
Branche 20. Renart empereur
EXTRAIT
COMMENT RENART ET TIBERZ LE
CHAT
CHANTÈRENT VÊPRES ET MATINES (branche
11)
[…]
Une fois que les cloches eurent retenti plusieurs fois, Renart cessa son
manège. Tibert s’écria alors :
"C’est à mon tour de sonner les cloches !
- Par saint Riquier, celui qui sonnera le moins bien paiera un setier de
boisson !
- Qu’il en soit ainsi !"
Aussitôt, il bondit, grimpa sur le banc et inséra ses pattes de devant,
puis sa tête, dans le nœud coulant . Je pense qu’il se rendra vite
compte qu’il a agi comme un fou ! Il prit la corde entre ses dents,
tandis que les gens commençaient à affluer aux abords de l’église,
curieux de savoir qui sonnait la cloche ainsi. Renart interpella alors
Tibert :
"Vous avez eu raison n’est-ce pas de monter sur le chêne, là où
le prêtre vous trouva l’autre jour !"
Alors que Tibert ouvrait la bouche pour laisser échapper un petit
"oui", le nœud se resserra autour de son cou et de ses deux
pattes. S’il ôtait ses pattes, il mourrait étranglé, car grâce à
elles, le nœud était un peu élargi. Renart en profita pour reprendre la
parole :
"Êtes-vous à votre aise ? Je vois que vous ne savez pas très
bien sonner les cloches ! Ne bougez pas ! Je vais vous montrer
la manœuvre !"
Tibert crut que son compagnon disait vrai, mais Renart, qui se gardait
toujours de dire la vérité, ôta le banc de sous ses pieds au lieu de l’aider
à se tirer de ce mauvais pas. Tibert se retrouva bien plus serré qu’auparavant,
alors que les saintes cloches sonnaient toujours. Tandis qu’il pensait
bien s’échapper de ce piège, Renart commença à se moquer de
lui :
"Ah ! Ah ! Tibert, c’est assez maintenant ! Ne
finirez-vous donc jamais ?"
Pour toute réponse, Tibert ne put que grogner.
"Comment osez-vous protester ! continua Renart. Vous faites
preuve d’un orgueil hors du commun ! Que mon œil soit maudit si
dorénavant, je ne fais pas la sourde oreille. Vous faites semblant de
dormir alors que je vous parle ! Souhaitez-vous monter là-haut avec
Notre Seigneur ? Allez Tibert, ce n’est pas un jeu pour moi !
On ne peut pas monter ainsi dans les nuages, quelles sont ces folles
pensées ? Croyez-vous déjà être si saint pour retrouver ceux qui
sont déjà auprès du Seigneur ? Voulez-vous bien déguerpir de
là ! Vous n’avez pas assez servi Dieu pour être illuminé de sa
gloire. D’ailleurs, êtes-vous allé à confesse hier soir ? Votre
tête doit vous faire mal à force de regarder là-haut au lieu de me
parler ! Pourquoi m’ignorez-vous ainsi ? Ai-je trahi Dieu pour
que vous refusiez de m’adresser la parole ? Voilà deux fois que
vous me mentez : déjà, lors du partage des fromages, vous avez
manqué de sagesse. Par saint Sanson, je puis bien vous dire que je vous
considère comme un imbécile ! Vous ne semblez pas aussi fier qu’hier,
alors que vous vous trouviez sur votre monture et que vous portiez les
livres troussés, pris au prêtre par trahison. A cette heure, vous pendez
à cette corde comme un larron, hormis que vous portez un très beau
chapeau ! Et comment ferez-vous pour le procès dont vous
parliez ? Comment vous rendrez-vous aux discussions ? Signalez
dès maintenant à la confrérie que vous souhaitez reporter cette affaire
de trois semaines, voire d’un mois entier ! Dites-moi, qu’allez-vous
faire ? Par Dieu, je vous trouve bien orgueilleux de prétendre être
maître de pauvres gens, je pense que vous les considéreriez bien mal s’ils
se trouvaient sous votre responsabilité. Plaise à Dieu, le fils de
Marie, qu’ils ne comptent pas sur vous, car ils seraient bien
déçus ! Vous ne voudriez pas même les entendre, ni considérer
leurs droits. Je vais aller ouvrir cette porte, je vois que des gens
veulent entrer dans l’église. Vous devriez tenir votre psautier ouvert
sur vos genoux et vous voilà dans l’impossibilité de le faire puisque
vous êtes lamentablement pendu à ces cordes. Vous n’avez pas été
très astucieux ! Que vont dire tous ces prud’hommes ? Vous ne
pouvez plus chanter la liturgie de Rome comme vous le faisiez avant !
Vous prétendiez connaître les sept arts, mais vous voilà incapable de
vous sortir de cette situation fâcheuse ; vous auriez dû laisser
ces cloches et me laisser faire. Peut-être auriez-vous dû aussi vous
occuper d’une tâche beaucoup plus simple au lieu d’entreprendre
quelque chose que vous êtes incapable d’accomplir. C’est une grande
folie de s’improviser sacristain alors que l’on n’y connaît goutte.
Je vous le redis, vous êtes orgueilleux ! Par saint Simon, je
pensais que ma femme viendrait vous trouver demain et pourrait baiser
votre main, mais elle ne parviendra pas à l’atteindre : vous êtes
bien trop haut ! Elle vous prendrait pour un fou et serait à coup
sûr, trop effrayée. Mais par amitié, changez-moi deux mailles pour un
denier, car je voudrais les envoyer ailleurs. Que dites-vous ? Les
aurai-je ? Voyez donc par sainte Marie s’il accepte encore de me
parler ! Vous avez juré d’être pour moi un loyal compagnon et
voilà que vous ne m’adressez plus la parole ? Mais peut-être
désirez-vous entendre complètement ce que j’ai à vous dire ? Au
nom de Dieu, je vous en prie, ne vous mettez pas en colère et ne prenez
rien à cœur ! Bien que vous ayez refusé de partager votre cheval
avec moi, ne pourrai-je pas rapporter quelque chose à Hermeline, à l’occasion
d’une messe dite pour elle et son nouvel enfant ? Elle ne s’est
jamais montrée méchante envers vous et vous devez lui donner vos
chandelles ! Les aura-t-elle mon cher seigneur ? Oui ! Que
Dieu vous bénisse ! C’est grâce à Dieu, mais c’est bien
malgré vous ! Elle dira son Pater Noster et priera pour que Dieu
vous accable de honte toute cette année, et ce avant la Saint-Jehan
prochaine. Dès cette nuit, je crois que vous y goûterez ! Je
continuerais volontiers ma discussion avec vous, mais vous êtes trop
ennuyeux de persister à ne pas me répondre ! Vous voulez donc
toujours sonner les cloches ? Je vous répète que c’est une
folie ! Êtes-vous enragé ?"
Renart laissa là sa moquerie car il aperçut un solide gaillard qui les
regardait. Il avait l’air futé comme un lièvre et portait au côté
une grande épée rongée par la rouille.
[…]
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