NITHARD
La Naissance du Royaume de France


Nithard (840-845)
Historien, Nithard naquit de l’union du poète Angilbert et de Berthe, fille de Charlemagne. Il fut donc le cousin des fils de Louis le Pieux. Rapidement, il est conscient et très informé des rivalités qui pouvaient les opposer. Il exerça le métier des armes et entreprit son ouvrage en 841, sur ordre du roi Charles. Il profita donc des trêves de guerre pour rédiger cette œuvre de commande, nourrie de souvenirs personnels, de notes manuscrites et de documents officiels. Nithard veut en réalité prouver que Charles n’est en rien responsable des troubles contemporains. C’est un témoignage précieux pour cette époque, car l’auteur a connu personnellement tous les acteurs du drame. Nithard mourut en 844, tué dans un combat qui l’opposa à Pépin II d’Aquitaine.
Traduction  F. Guizot et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL : 134 pages.  20 euros

ISBN : 2 - 913944 – 60 – 0    Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Charles, de belle mémoire, appelé à juste titre par toutes les nations le grand Empereur, étant mort un peu avant la troisième heure du jour, dans une heureuse vieillesse, laissa l’Europe entière remplie de bonheur. Surpassant en sagesse et en toute sorte de vertu tous les hommes de son temps, il paraissait à tous les habitants de la terre à la fois redoutable, aimable et admirable. Il rendit sa domination honnête et utile de toutes les manières, comme tous le virent clairement. Ce que je regarde comme le plus merveilleux, c’est que seul, par la crainte qu’il inspirait, il adoucit tellement les cœurs durs et féroces des Francs et des Barbares que la puissance romaine n’avait pu dompter, qu’ils n’osaient rien entreprendre dans l’Empire que ce qui convenait à l’intérêt public. Comme roi, il régna heureusement pendant trente-deux ans, et comme empereur il tint pendant quatorze ans, avec non moins de bonheur, les rênes de l’État.

Louis, le dernier fils qu’il eût eu d’un mariage légitime, devint par la mort de ses frères l’héritier de toute cette grandeur. Aussitôt qu’on lui eut appris la mort de son père, il revint d’Aquitaine à Aix-la-Chapelle. Il rangea sans obstacle sous sa domination les peuples qui accouraient de toutes parts, se promettant de prendre un parti à l’égard des hommes qui témoignaient plus d’orgueil. Au commencement de son règne il divisa en trois parts l’immense somme d’argent que son père lui avait laissée ; il en employa une pour les funérailles ; il partagea les deux autres entre lui et ses sœurs que son père avait eues d’un mariage légitime, leur ordonnant en même temps de sortir du palais et de se retirer dans leurs monastères. Il admit à sa table ses frères Drogon, Hugues et Théodoric, encore jeunes, et les fit nourrir avec lui dans le palais. Il céda à son neveu Bernard, fils de Pépin, le royaume d’Italie ; s’étant révolté peu après, Bernard fut pris et privé de la lumière et de la vie par Bertmond, gouverneur de la province de Lyon [818]. Ensuite, craignant que ses frères, en soulevant le peuple, n’en fissent autant, l’empereur les manda à l’assemblée générale, les fit tondre et les mit dans des monastères sous une simple surveillance [819]. Cela fait, il fit conclure à ses fils des mariages légitimes, et partagea ainsi entre eux tout l’empire [821]. Pépin devait avoir l’Aquitaine, Louis, la Bavière, et Lothaire, après sa mort, tout l’empire. Il permit à Lothaire de porter avec lui le titre d’empereur. La reine Hermengarde, leur mère, mourut [818], et, peu de temps après, l’empereur Louis se maria à Judith [819], dont il eut Charles [823].

Ayant partagé tout l’empire entre ses autres fils, Louis ne savait ce qu’il donnerait à son fils Charles. Tourmenté de cela, il supplia ses fils en faveur de ce dernier. Enfin Lothaire consentit à ce que son père donnât au jeune prince la portion du royaume qu’il voudrait, et jura avec serment qu’il serait à l’avenir son soutien et son défenseur contre ses ennemis. Mais, à l’instigation de Hugues, dont Lothaire avait épousé la fille, de Mathfried et d’autres, il se repentit trop tard de ce qu’il avait fait, et chercha de quelle manière il pourrait l’annuler [829].

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