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EXTRAITS
De la gloire
des bienheureux confesseurs
CHAPITRE
I. Des vertus des anges
Quand je demeurais dans le pays d’Auvergne, un homme
véridique me rapporta une chose que je tiens pour vraie, car j’ai
reconnu l’évidence des choses qu’il me dit. On fait faire pour les
moissonneurs, dit-il, la boisson qui se prépare avec des grains infusés
et cuits dans l’eau ; c’est cette même décoction qu’on
appelle ceria, suivant Orose, du mot qui signifie cuire. La boisson étant
faite et renfermée dans un vase, comme cet homme avait prolongé ses
retards à la ville, suivant la coutume des serviteurs, la plus grande
partie de la boisson fut bue, et il n’en resta qu’un peu pour l’usage
ordonné par le maître. Cependant, fidèle aux ordres qu’il a reçus,
il fait venir les moissonneurs de manière à les trouver à son retour de
la ville, occupés à couper la moisson. En conséquence, il y avait
déjà soixante-dix ouvriers environ occupés à moissonner quand le
maître du domaine arriva ; il examina la qualité de la boisson, sa
quantité, et il en trouva fort peu. Plein de honte et songeant que le
fait tournerait à sa confusion si les ouvriers manquaient de cette
boisson dont il n’y avait pas plus de cinq muids, il hésitait ne
sachant que faire ni où se tourner. Enfin par l’inspiration de Dieu, il
s’approche du tonneau, se penche vers l’orifice, il invoque
dévotement les noms des saints anges que les écritures sacrées nous
font connaître, priant afin que leur vertu daignât convertir cette
faible mesure en une abondante quantité, de peur qu’il ne manquât aux
ouvriers de quoi boire. Chose merveilleuse à dire ! On y puisa tout le
jour sans que le liquide manquât jamais aux buveurs, et jusqu’au moment
où la nuit mit fin au travail, tous en reçurent abondamment.
CHAPITRE II.
De saint Hilaire, évêque de
Poitiers.
Dans le cours de sa quatrième année d’exil, le
bienheureux Hilaire revint dans sa cité, et ayant achevé sa carrière et
son œuvre d’édification, il passa au Seigneur. On raconte qu’à son
bienheureux tombeau se firent beaucoup de miracles que décrit le livre de
sa Vie. Ainsi deux lépreux furent nettoyés en ce lieu. Il y avait dans
le pays de Gévaudan, sur une montagne nommé Allenc, un grand lac. Là,
à une certaine époque, une multitude de gens de la campagne faisait
comme des libations à ce lac ; elle y jetait des linges ou des pièces d’étoffe
servant aux vêtements d’hommes, quelques-uns des toisons de
laine ; le plus grand nombre y jetaient des fromages, des gâteaux de
cire, du pain, et, chacun suivant sa richesse, divers objets qu’il
serait trop long d’énumérer. Ils venaient avec des chariots, apportant
de quoi boire et manger, abattaient des animaux, et pendant trois jours,
ils se livraient à la bonne chère. Le quatrième jour, au moment de
partir, ils étaient assaillis par une tempête accompagnée de tonnerre
et d’éclairs immenses, et il descendait du ciel une pluie si forte et
une grêle si violente qu’à peine chacun des assistants croyait-il
pouvoir échapper. Les choses se passaient ainsi tous les ans, et la
superstition tenait enveloppé le peuple irréfléchi. Après une longue
suite de temps, un prêtre qui avait été élevé à l’épiscopat, vint
de la ville même (Javouls) à cet endroit et prêcha la foule afin qu’elle
s’abstînt de ces pratiques de peur d’être dévorée par la colère
céleste ; mais sa prédication ne pénétrait nullement ces rustres
épais. Alors, inspiré par la divinité, le prêtre de Dieu construisit,
au loin sur la rive du lac, une église en l’honneur du bienheureux
Hilaire de Poitiers, et y plaça des reliques du saint en disant an peuple
: " Craignez, mes enfants, craignez de pécher devant le
Seigneur ; il n’y a rien à vénérer dans cet étang. Ne souillez
pas vos âmes dans de vaines observances, mais entrez plutôt dans la
connaissance de Dieu, et dépensez pour ses amis votre vénération.
Adorez le pontife de Dieu, saint Hilaire, dont les reliques sont
renfermées ici, car c’est lui dont l’assistance peut vous servir
auprès de la miséricorde de Dieu. " Ces hommes, touchés au cœur,
se convertirent et abandonnèrent le lac ; ce qu’ils avaient coutume d’y
jeter, ils le portèrent à la basilique sainte et furent ainsi délivrés
des liens de l’erreur où ils étaient retenus. La tempête aussi fut
par la suite écartée de ce lieu, et on ne la vit plus sévir dans une
fête, dès lors consacrée à Dieu, depuis le moment où avaient été
placées là les reliques du bienheureux confesseur.
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