GRÉGOIRE DE TOURS - La vie des Pères
Œuvres complètes Tomes  1   2   3   4   5


Grégoire de Tours (538-594)
Il naquit à Clermont, le 30 novembre 538 dans une puissante famille sénatoriale appartenant à la vieille noblesse gallo-romaine. Éduqué par son oncle Gall, évêque de Clermont, puis par son grand-oncle Nizier, il acquiert très tôt une culture biblique et patristique. C’est en 573 qu’il est promu à l’évêché de Tours. Dès 575, il commence la rédaction de l’Histoire des Francs, première œuvre sur la dynastie mérovingienne. Viennent ensuite les livres sur saint Martin, débutés par Sulpice Sévère, deux siècles plus tôt, puis les récits hagiographiques des Pères et des Confesseurs. Son œuvre, débarrassée de toute glose et de tout artifice rhétorique, témoigne d’un réel plaisir d’instruire. Grégoire de Tours, en effet, privilégie un style simple et tout à fait abordable, avouant lui-même qu’il ignore la plupart des principes de la grammaire, mais ce qu’il considérait comme une lacune insufflent à son écriture naïveté et authenticité.
Traduction H.L. Bordier. N. Desgrugillers

TOME V  :  338 pages.     33 euros

ISBN : 2 - 84909 - 031 - X     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
De la gloire des bienheureux confesseurs
CHAPITRE I. Des vertus des anges
Quand je demeurais dans le pays d’Auvergne, un homme véridique me rapporta une chose que je tiens pour vraie, car j’ai reconnu l’évidence des choses qu’il me dit. On fait faire pour les moissonneurs, dit-il, la boisson qui se prépare avec des grains infusés et cuits dans l’eau ; c’est cette même décoction qu’on appelle ceria, suivant Orose, du mot qui signifie cuire. La boisson étant faite et renfermée dans un vase, comme cet homme avait prolongé ses retards à la ville, suivant la coutume des serviteurs, la plus grande partie de la boisson fut bue, et il n’en resta qu’un peu pour l’usage ordonné par le maître. Cependant, fidèle aux ordres qu’il a reçus, il fait venir les moissonneurs de manière à les trouver à son retour de la ville, occupés à couper la moisson. En conséquence, il y avait déjà soixante-dix ouvriers environ occupés à moissonner quand le maître du domaine arriva ; il examina la qualité de la boisson, sa quantité, et il en trouva fort peu. Plein de honte et songeant que le fait tournerait à sa confusion si les ouvriers manquaient de cette boisson dont il n’y avait pas plus de cinq muids, il hésitait ne sachant que faire ni où se tourner. Enfin par l’inspiration de Dieu, il s’approche du tonneau, se penche vers l’orifice, il invoque dévotement les noms des saints anges que les écritures sacrées nous font connaître, priant afin que leur vertu daignât convertir cette faible mesure en une abondante quantité, de peur qu’il ne manquât aux ouvriers de quoi boire. Chose merveilleuse à dire ! On y puisa tout le jour sans que le liquide manquât jamais aux buveurs, et jusqu’au moment où la nuit mit fin au travail, tous en reçurent abondamment.
CHAPITRE II. De saint Hilaire, évêque de Poitiers.
Dans le cours de sa quatrième année d’exil, le bienheureux Hilaire revint dans sa cité, et ayant achevé sa carrière et son œuvre d’édification, il passa au Seigneur. On raconte qu’à son bienheureux tombeau se firent beaucoup de miracles que décrit le livre de sa Vie. Ainsi deux lépreux furent nettoyés en ce lieu. Il y avait dans le pays de Gévaudan, sur une montagne nommé Allenc, un grand lac. Là, à une certaine époque, une multitude de gens de la campagne faisait comme des libations à ce lac ; elle y jetait des linges ou des pièces d’étoffe servant aux vêtements d’hommes, quelques-uns des toisons de laine ; le plus grand nombre y jetaient des fromages, des gâteaux de cire, du pain, et, chacun suivant sa richesse, divers objets qu’il serait trop long d’énumérer. Ils venaient avec des chariots, apportant de quoi boire et manger, abattaient des animaux, et pendant trois jours, ils se livraient à la bonne chère. Le quatrième jour, au moment de partir, ils étaient assaillis par une tempête accompagnée de tonnerre et d’éclairs immenses, et il descendait du ciel une pluie si forte et une grêle si violente qu’à peine chacun des assistants croyait-il pouvoir échapper. Les choses se passaient ainsi tous les ans, et la superstition tenait enveloppé le peuple irréfléchi. Après une longue suite de temps, un prêtre qui avait été élevé à l’épiscopat, vint de la ville même (Javouls) à cet endroit et prêcha la foule afin qu’elle s’abstînt de ces pratiques de peur d’être dévorée par la colère céleste ; mais sa prédication ne pénétrait nullement ces rustres épais. Alors, inspiré par la divinité, le prêtre de Dieu construisit, au loin sur la rive du lac, une église en l’honneur du bienheureux Hilaire de Poitiers, et y plaça des reliques du saint en disant an peuple : " Craignez, mes enfants, craignez de pécher devant le Seigneur ; il n’y a rien à vénérer dans cet étang. Ne souillez pas vos âmes dans de vaines observances, mais entrez plutôt dans la connaissance de Dieu, et dépensez pour ses amis votre vénération. Adorez le pontife de Dieu, saint Hilaire, dont les reliques sont renfermées ici, car c’est lui dont l’assistance peut vous servir auprès de la miséricorde de Dieu. " Ces hommes, touchés au cœur, se convertirent et abandonnèrent le lac ; ce qu’ils avaient coutume d’y jeter, ils le portèrent à la basilique sainte et furent ainsi délivrés des liens de l’erreur où ils étaient retenus. La tempête aussi fut par la suite écartée de ce lieu, et on ne la vit plus sévir dans une fête, dès lors consacrée à Dieu, depuis le moment où avaient été placées là les reliques du bienheureux confesseur.

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