GRÉGOIRE DE TOURS - Le livre des martyrs
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Grégoire de Tours (538-594)
Il naquit à Clermont, le 30 novembre 538 dans une puissante famille sénatoriale appartenant à la vieille noblesse gallo-romaine. Éduqué par son oncle Gall, évêque de Clermont, puis par son grand-oncle Nizier, il acquiert très tôt une culture biblique et patristique. C’est en 573 qu’il est promu à l’évêché de Tours. Dès 575, il commence la rédaction de l’Histoire des Francs, première œuvre sur la dynastie mérovingienne. Viennent ensuite les livres sur saint Martin, débutés par Sulpice Sévère, deux siècles plus tôt, puis les récits hagiographiques des Pères et des Confesseurs. Son œuvre, débarrassée de toute glose et de tout artifice rhétorique, témoigne d’un réel plaisir d’instruire. Grégoire de Tours, en effet, privilégie un style simple et tout à fait abordable, avouant lui-même qu’il ignore la plupart des principes de la grammaire, mais ce qu’il considérait comme une lacune insufflent à son écriture naïveté et authenticité.
Traduction H.L. Bordier. N. Desgrugillers

TOME IV  :  254 pages.     33 euros

ISBN : 2 - 84909 - 030 - 1    Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Le Livre des martyrs, chapitre 74 : 
Des reliques que mon père possédait
Ne m’est-il pas permis de parler aussi des reliques que mon père posséda jadis ? Au temps où Théodebert ordonna que les fils des habitants de l’Auvergne lui frissent envoyés en otage, mon père, qui venait de se marier, voulut se munir de reliques des saints. Il demanda à un prêtre de lui en donner quelques-unes, attendu que, partant pour un long voyage, il tenait à s’assurer une telle protection. Après avoir mis les cendres sacrées dans un étui d’or il les porta désormais sur lui ; et, bien qu’il ignorât de qui étaient ces reliques, il ne leur en rapportait pas moins l’honneur de l’avoir soustrait à des périls de plus d’un genre, tels que la rapacité des voleurs, le danger des eaux, la violence des séditieux, et même les assauts des sens. Quant à moi, je ne tairai pas ce que j’en ai vu. Après la mort de mon père, ma mère les portait sur elle. On avait fait la moisson, et de grands monceaux de gerbes s’élevaient dans les champs. Or, à l’époque où l’on commençait à battre le blé, comme la Limagne, qui est couverte de moissons, n’a pas de forêts, la gelée étant survenue, les batteurs de blé, qui n’avaient pas de quoi faire du feu, en firent avec la paille. Après quoi, ils s’en allèrent tous prendre leur repas. Mais voici que le feu s’activant commence peu a peu a s’étendre par des brins de paille enflammés, et bientôt, le vent du midi venant à souffler, le feu prend aux meules et produit un grand incendie. Les hommes crient, les femmes se désolent, les enfants pleurent. Tout cela se passait sur notre domaine. En l’apprenant, ma mère sort précipitamment de table, et, comme elle portait ses reliques au cou, elle les présenta aux tourbillons de feu. Dans le même moment, l’incendie s’arrêta, et si bien qu’à peine eût-on pu trouver une étincelle dans cette masse de paille embrasée ; le feu ne consuma pas même les gerbes qu’il avait attaquées. Longtemps après, ma mère me donna ces reliques. Un jour que nous allions de Bourgogne en Auvergne, nous fûmes surpris par une grande tempête. Le ciel se sillonnait d’éclairs répétés et commençait à résonner bruyamment du fracas de la foudre. Tirant alors les bienheureuses reliques de mon sein, je les élevai contre la nue, qui aussitôt se divisa en deux parties, l’une passant à droite et l’autre à gauche, sans faire aucun mal ni à nous ni à personne. Je sentis alors s’enfler mon cœur d’un vain orgueil, effet ordinaire de l’effervescence juvénile, et je pensai, à part moi, que cette faveur céleste avait été accordée moins au mérite des saints qu’à moi-même ; je me vantai auprès de mes compagnons de route que Dieu avait voulut montrer que mon innocence méritait cette grâce. Tout à coup mon cheval, se dérobant sous moi, s’abattit, et je fus tellement froissé par ma chute, que je pus à peine me relever. Je compris que cela m’était arrivé à cause de ma vanité, et c’en fut assez pour m’empêcher de me laisser pousser à l’avenir par l’aiguillon d’une vaine gloire.

Aussi, dans la suite, quand il est arrivé que j’aie mérité d’être témoin de quelque miracle des saints, je n’ai pas manqué de l’expliquer comme un présent de Dieu accordé à leur foi.

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