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EXTRAITS
Le Livre des
martyrs, chapitre 74 :
Des
reliques que mon père possédait
Ne m’est-il pas permis de parler aussi des reliques que
mon père posséda jadis ? Au temps où Théodebert ordonna que les fils
des habitants de l’Auvergne lui frissent envoyés en otage, mon père,
qui venait de se marier, voulut se munir de reliques des saints. Il
demanda à un prêtre de lui en donner quelques-unes, attendu que, partant
pour un long voyage, il tenait à s’assurer une telle protection. Après
avoir mis les cendres sacrées dans un étui d’or il les porta
désormais sur lui ; et, bien qu’il ignorât de qui étaient ces
reliques, il ne leur en rapportait pas moins l’honneur de l’avoir
soustrait à des périls de plus d’un genre, tels que la rapacité des
voleurs, le danger des eaux, la violence des séditieux, et même les
assauts des sens. Quant à moi, je ne tairai pas ce que j’en ai vu.
Après la mort de mon père, ma mère les portait sur elle. On avait fait
la moisson, et de grands monceaux de gerbes s’élevaient dans les
champs. Or, à l’époque où l’on commençait à battre le blé, comme
la Limagne, qui est couverte de moissons, n’a pas de forêts, la gelée
étant survenue, les batteurs de blé, qui n’avaient pas de quoi faire
du feu, en firent avec la paille. Après quoi, ils s’en allèrent tous
prendre leur repas. Mais voici que le feu s’activant commence peu a peu
a s’étendre par des brins de paille enflammés, et bientôt, le vent du
midi venant à souffler, le feu prend aux meules et produit un grand
incendie. Les hommes crient, les femmes se désolent, les enfants
pleurent. Tout cela se passait sur notre domaine. En l’apprenant, ma
mère sort précipitamment de table, et, comme elle portait ses reliques
au cou, elle les présenta aux tourbillons de feu. Dans le même moment, l’incendie
s’arrêta, et si bien qu’à peine eût-on pu trouver une étincelle
dans cette masse de paille embrasée ; le feu ne consuma pas même les
gerbes qu’il avait attaquées. Longtemps après, ma mère me donna ces
reliques. Un jour que nous allions de Bourgogne en Auvergne, nous fûmes
surpris par une grande tempête. Le ciel se sillonnait d’éclairs
répétés et commençait à résonner bruyamment du fracas de la foudre.
Tirant alors les bienheureuses reliques de mon sein, je les élevai contre
la nue, qui aussitôt se divisa en deux parties, l’une passant à droite
et l’autre à gauche, sans faire aucun mal ni à nous ni à personne. Je
sentis alors s’enfler mon cœur d’un vain orgueil, effet ordinaire de
l’effervescence juvénile, et je pensai, à part moi, que cette faveur
céleste avait été accordée moins au mérite des saints qu’à
moi-même ; je me vantai auprès de mes compagnons de route que Dieu avait
voulut montrer que mon innocence méritait cette grâce. Tout à coup mon
cheval, se dérobant sous moi, s’abattit, et je fus tellement froissé
par ma chute, que je pus à peine me relever. Je compris que cela m’était
arrivé à cause de ma vanité, et c’en fut assez pour m’empêcher de
me laisser pousser à l’avenir par l’aiguillon d’une vaine gloire.
Aussi, dans la suite, quand il est arrivé que j’aie mérité d’être
témoin de quelque miracle des saints, je n’ai pas manqué de l’expliquer
comme un présent de Dieu accordé à leur foi.
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