GRÉGOIRE DE TOURS - Histoire des Francs II
Œuvres complètes  - Tomes   1   2   3   4   5


Grégoire de Tours (538-594)
Il naquit à Clermont, le 30 novembre 538 dans une puissante famille sénatoriale appartenant à la vieille noblesse gallo-romaine. Éduqué par son oncle Gall, évêque de Clermont, puis par son grand-oncle Nizier, il acquiert très tôt une culture biblique et patristique. C’est en 573 qu’il est promu à l’évêché de Tours. Dès 575, il commence la rédaction de l’Histoire des Francs, première œuvre sur la dynastie mérovingienne. Viennent ensuite les livres sur saint Martin, débutés par Sulpice Sévère, deux siècles plus tôt, puis les récits hagiographiques des Pères et des Confesseurs. Son œuvre, débarrassée de toute glose et de tout artifice rhétorique, témoigne d’un réel plaisir d’instruire. Grégoire de Tours, en effet, privilégie un style simple et tout à fait abordable, avouant lui-même qu’il ignore la plupart des principes de la grammaire, mais ce qu’il considérait comme une lacune insufflent à son écriture naïveté et authenticité.
Traduction F. Guizot et R. Fougères

TOME II  :  368 pages.     30 euros

ISBN : 2 - 913944 - 37 - X    Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Histoire ecclésiastique des Francs, Livre VI
La sixième année de son règne, le roi Childebert ayant rompu sa paix avec Gontran, s’allia avec Chilpéric. Gogon mourut peu de temps après et Wandelin fut mis à sa place. Mummole s’enfuit du royaume de Gontran et alla s’enfermer dans les remparts d’Avignon. Un synode d’évêques fut assemblé à Lyon ; il discuta et termina diverses affaires et condamna ceux qui avaient le plus gravement manqué à leurs devoirs.

Le synode revint vers le roi et s’occupa beaucoup de l’affaire du duc Mummole, et de plusieurs des querelles qui régnaient alors.

Cependant les envoyés du roi Chilpéric, partis trois ans auparavant pour aller vers l’empereur Tibère, revinrent non sans avoir souffert beaucoup de maux et de fatigues ; car n’ayant pas osé, à cause de la division qui était entre les rois, aborder au port de Marseille, ils débarquèrent à la ville d’Agde située dans le royaume des Goths ; mais avant qu’ils eussent atteint le rivage, leur navire, agité par les vents, fut jeté contre terre et brisé en pièces. Les envoyés se voyant en danger, ainsi que leurs serviteurs, s’attachèrent à des planches et arrivèrent ainsi à grand peine sur le rivage. Beaucoup de leurs serviteurs périrent, mais plusieurs se sauvèrent. Les gens du pays s’emparèrent de ceux de leurs effets que les vagues avaient rejetés sur la rive. Ils en recouvrèrent cependant ce qu’il y avait de meilleur et l’apportèrent au roi Chilpéric. Mais les gens d’Agde leur retinrent beaucoup de choses. J’allai en ce temps voir le roi à sa maison de Nogent. Il me montra un grand bassin d’or, orné de pierres précieuses, qu’il avait fait faire, et qui pesait cinquante livres, et il me dit : " J’ai fait faire cela pour honorer la nation des Francs et lui donner de l’éclat, et si la vie continue à m’accompagner, je ferai encore beaucoup d’autres choses. " Il me montra aussi des pièces d’or, chacune du poids d’une livre, que lui avait envoyées l’empereur, et qui portaient d’un côté l’image de l’empereur, autour de laquelle était écrit : Tiberii. Constantini. Perpetui. Augusti. De l’autre côté était un char à quatre chevaux sur lequel était monté un homme ; on y voyait écrits ces mots : Gloria. Romanorum. Il me montra aussi beaucoup d’autres choses précieuses apportées par ses envoyés.

Tandis que j’étais à Nogent, Ægidius, évêque de Reims, vint avec les premiers de la cour de Childebert en ambassade vers le roi Chilpéric. Ils convinrent ensemble de chasser de son royaume le roi Gontran, et de s’unir par une alliance ; ensuite le roi Chilpéric dit : " Mes péchés se sont accumulés et il ne m’est pas demeuré de fils, ni aucun héritier qui puisse me survivre, si ce n’est le fils de mon frère Sigebert, c’est-à-dire le roi Childebert ; il héritera donc de tout ce que je pourrai amasser par mes travaux, pourvu seulement que, tant que je vivrai, je puisse jouir de tout sans crainte et sans dispute. " Eux le remercièrent, et ayant signé les traités, confirmèrent ce qu’ils avaient dit, et retournèrent vers Childebert avec de grands présents. Ceux-ci partis, le roi Chilpéric envoya l’évêque Leudovald et les principaux de son royaume qui reçurent et prêtèrent serment, ratifièrent les traités et revinrent avec des présents.

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