FLODOARD
Chroniques féodales


Flodoard (893-966)
Flodoard, historien, poète, clerc et archiviste, est né à Épernay en 893. C’est en 946 qu’il se voit confier la direction des archives de l’église de Reims. Il compose alors l’Histoire de l’Église de Reims (des origines à 948) et des Annales qu’il poursuit jusqu’à sa mort. Son œuvre est primordiale pour la connaissance de l’histoire de l’évêché de Reims, la France du Nord, la Lotharingie et la Germanie, surtout pour les années 919 à 966.

Traduction  F. Guizot et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL : 182 pages.  29 euros

ISBN : 2 - 913944 – 65 – 5     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Année 940
Bérenger, évêque de Verdun, fut sacré par Artaud, archevêque de Reims ; le roi Louis alla au devant de Guillaume, prince des Normands, qui se rendait dans la ville d’Amiens, et se soumit à lui. Le roi lui donna les terres que son père Charles avait accordées aux Normands ; ensuite il alla trouver Hugues ; mais celui-ci refusa de se rendre vers lui, et le roi retourna à Laon. Le roi donna à l’archevêque Artaud, et par lui à l’église de Reims, par charte royale, le droit de posséder toujours la monnaie de la ville, et il accorda à la même église tout le comté de Reims. L’archevêque Artaud assiégea le château de Causoste ; enfin, le cinquième jour, le roi Louis vint dans ce lieu ; ceux qui étaient dans le fort le rendirent, le quittèrent, et avant peu de temps il fut détruit jusqu’en ses fondements, et renversé par ceux qui l’avaient pris. Les messagers de Hugues vinrent au roi ; le roi s’étudia avec eux à procurer la paix entre l’évêque Artaud et Héribert ; ensuite il se rendit avec cet évêque à un certain château que possédait sur la Marne Hérivée, neveu d’Hérivée, jadis archevêque, et d’où il dévastait les terres de l’église de Reims. Aussitôt après avoir reçu des otages de ce même Hérivée, il revint sans retard à Reims, se rendit le lendemain de son arrivée à l’église de Saint-Remi, se confia aux prières de ce saint, promit, avec cautions, de lui donner chaque année une livre d’argent, et accorda aux moines de ce lieu une chartre d’immunité.

Le prince Hugues, fils de Robert, s’étant joint quelques évêques, tant de France que de Bourgogne, assiégea la ville de Reims avec le comte Héribert et Guillaume, prince des Normands. Le sixième jour du siège, presque toute l’armée de l’évêque Artaud l’abandonna et passa à Héribert, qui entra ainsi dans la ville. L’évêque Artaud fut cité à Saint-Remi par les grands et les évêques ; et, soit persuadé, soit forcé par les principaux d’entre les évêques, il abdiqua sa puissance et sa charge. On lui accorda l’abbaye de Saint-Basle et le monastère d’Avesne, et il se retira à Saint-Basle. Hugues et Héribert, ayant conféré avec quelques Lorrains, partirent avec Guillaume pour aller assiéger Laon, et laissèrent à Reims le diacre Hugues, fils d’Héribert, déjà nommé à cet évêché.

Le roi Louis, après six ou sept semaines, revint de Bourgogne, et prit avec lui l’archevêque Artaud ; plusieurs parents de ce dernier, à qui le comte Héribert avait enlevé leurs bénéfices, l’accompagnèrent ; il se rendit dans la Champagne rémoise, passa l’Aisne, et marcha sur Lion. Lorsque Hugues et Héribert eurent appris cela, ils quittèrent le siège de Laon, et se rendirent de nuit et en hâte au fort de Pierre-Pont ; de là ils allèrent au-devant du roi Othon, le rejoignirent, le conduisirent à Attigny, et là se donnèrent à lui avec le comte Roger. Le roi Louis entra à Laon, et pourvut les siens de choses nécessaires à la vie. Il alla ensuite en Bourgogne avec Hugues le Noir et Guillaume de Poitiers. Le roi Othon donna le royaume de Lorraine à son frère Henri ; ensuite il suivit Louis en Bourgogne, avec la multitude de peuples divers qu’il avait amenés avec lui. Il avait aussi Conrad, fils de Rodolphe, roi de la Bourgogne trans-jurane ; il l’avait autrefois pris par ruse, et le menait avec lui. Othon posa son camp sur la Seine, et reçut d’Hugues le Noir des otages et sa promesse de ne point nuire à Hugues et Héribert qui s’étaient donnés à lui ; après ces actions, il retourna dans son royaume. Hugues, fils d’Héribert, fut sacré évêque de Reims, par Gui, évêque de Soissons. Ensuite le roi Louis revint à Laon. Tandis que je me disposais à aller visiter, pour y prier, le tombeau de saint Martin, je fus arrêté par le comte Héribert, parce que plusieurs personnes m’accusaient en secret près de lui de vouloir faire ce voyage pour nuire à son fils ou à lui. Il me fit retenir sous garde, m’enleva tout ce que je tenais de l’évêché, ainsi que l’église que je gouvernais à Cormici, et me tint prisonnier ainsi cinq mois pleins. Le roi Louis attaqua le fort de Pierre-Pont, et s’en alla après avoir reçu des otages. Ensuite il marcha en Lorraine avec l’évêque Artaud et plusieurs de ses fidèles. Le roi Othon, après avoir passé le Rhin, marcha contre lui, mais leurs fidèles les déterminèrent à une trêve.

Une certaine jeune fille pauvre, nommée Flotilde, du village de Lavenne, assurait avoir eu certainement, et en veillant, des visions de saints ; elle prédisait les choses futures, et sa mort arriva l’année d’après, la nuit même de la naissance du Seigneur. La même année, une nuit de dimanche, dans le mois de décembre, on vit, dans le ciel, des armées de diverses couleurs. Dans une troupe de gens d’outre mer et de Français qui avaient été à Rome, plusieurs furent tués par les Sarrasins, et le reste ne put passer les Alpes, parce que le village du monastère de Saint-Maurice était en la possession des Sarrasins.

  Accueil / Home page                     Retour / Back                   COMMANDER/ORDER

© Editions L'Instant Durable
P.O. box 234 - 63007 Clermont-Ferrand cedex 1 - France
Fax 00 33 (0)4 73 91 13 87 - Email : art@instantdurable.com

Création et mise en forme de ce site :
L'Instant Durable et Laurent de Bussac