EGINHARD
Vie de Charlemagne - Correspondance
- Translation des reliques
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Eginhard (vers
770-840) : |
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| TEXTE INTÉGRAL : 294 pages. 45 euros | ISBN : 2 - 913944 – 17 – 5 Éditions PALEO |
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EXTRAITS Éginhard
à Loup, son ami, salut. Peut-être m’entendrez-vous avec quelque étonnement, et direz-vous qu’une douleur, née d’une telle cause, ne devrait être ni si longue ni si continue. Comme s’il était au pouvoir de l’affligé d’imposer une fin à ce qui a commencé hors de sa puissance et de ses prévisions ! Il me semble cependant que la grandeur ou la durée de la douleur et de l’affliction peuvent se mesurer sur l’étendue des dommages qu’on a essuyés. Eh quoi ! chaque jour, dans toutes mes actions dans toutes mes affaires dans toute l’administration de ma maison et de ma famille, en tout ce qu’il faut ordonner ou disposer pour le service de Dieu et celui des hommes, je trouve un vide immense ; et cette blessure, qui me cause sans cesse des souffrances si nombreuses et si vives, irritée qu’elle est à chaque instant, je ne la sentirais pas se rouvrir et se renouveler plutôt que se cicatriser et se guérir ! Je le pense, - et en le disant je ne crains pas de me tromper - la douleur et les tourments que m’a causés la perte de ma chère épouse, dureront autant que moi et ne cesseront qu’au moment où arrivera le terme fatal des jours que Dieu voudra m’accorder pour cette vie passagère et misérable. Mais je trouve que, jusqu’à présent cette douleur m’a été bien plutôt profitable que nuisible, car elle retient et modère, comme avec un frein et des rênes, mon âme s’élançant vers la joie et la prospérité ; elle rappelle l’idée de la mort à mon esprit, que l’horreur et l’oubli de l’âge voisin de la tombe avait entraîné vers l’espoir et le désir d’une longue vie. Je sais bien qu’il ne me reste que peu de temps à vivre, quoique j’ignore complètement l’instant où la mort arrivera. Mais ce qui est très certain pour moi, c’est que l’enfant nouveau-né peut mourir de bonne heure, et que le vieillard ne peut vivre longtemps. Il est donc plus utile et plus heureux pour moi de passer dans le deuil, plutôt que dans la joie, ce peu de jours que j’ai à vivre et dont le nombre m’est inconnu. Car, ainsi que le dit le Seigneur, si ceux qui se lamentent et qui pleurent doivent vivre dans le bonheur et la béatitude, au contraire le malheur et la misère attendent ceux qui ne craignent pas de vivre jusqu’à la fin au milieu d’une continuelle allégresse. Je vous suis bien reconnaissant, et je vous rends mille grâces des consolations que vous m’avez offertes dans vos lettres. Vous ne pouviez me donner une marque plus grande ni plus certaine de votre affection ; car vous m’avez exhorté, vous m’avez tendu la main à moi qui suis malade et gisant sur un lit de douleur, vous m’avez invité à me relever, moi que vous saviez sans courage et terrassé par la douleur. Adieu, le plus cher et le plus aimant des fils. |
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