Chroniques du temps du roi Dagobert


Cette chronique couvre la période allant 613 à 658. Elle est attribuée à un auteur que l’on a nommé Pseudo Frédégaire : peut-être est-ce l’œuvre d’un bourguignon de la région d’Avenches. Cette chronique est une source importante concernant la monarchie franque au VIIe siècle. Elle est le fruit d’une compilation d’anciennes sources et d’événements contemporains. Elle aurait débuté à l’instigation de Childebrand et de son fils Nibelung. La Vie de Dagobert, écrite par un moine de Saint-Denis, retrace la vie du plus important des rois mérovingiens.
Traduction  F. Guizot et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL : 174 pages.  20 euros

ISBN : 2 - 913944 - 38 - 8     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Chronique du Pseudo-Frédégaire, Livre V
Clotaire mourut dans la quarante-cinquième année de son règne et fut enseveli dans l’église de Saint-Vincent, dans un faubourg de Paris. Dagobert, apprenant la mort de son père, ordonna à tous les Leudes qui lui étaient soumis en Austrasie de s’assembler en armée ; il envoya des députés en Burgondie et en Neustrie pour se faire élire roi. Étant venu à Reims et s’étant approché de Soissons, tous les évêques et tous les Leudes du royaume de Burgondie se soumirent à lui. Un grand nombre d’évêques et de seigneurs de Neustrie parurent aussi désirer de lui obéir. Charibert, son frère, s’efforça de s’emparer du royaume mais, à cause de son imbécillité, sa volonté eut peu d’effet. Brodulf, son oncle, voulant l’établir sur le trône, commença à se soulever contre Dagobert ; mais l’événement en décida autrement.

Dagobert, ayant pris possession de tout le royaume de Clotaire, tant de la Neustrie que de la Burgondie, et s’étant emparé des trésors, touché enfin de compassion, céda à son frère Charibert, pour transiger et par de sages conseils, le pays situé entre la Loire et l’Espagne, du côté de la Gascogne, et les cantons et cités des Pyrénées, les cantons de Toulouse, Cahors, Agen, Périgueux, Saintes, et tout ce qui est du côté des Pyrénées. Il confirma cette donation par des traités, pour que Charibert, dans aucun temps, ne pût réclamer de Dagobert rien du royaume de son père. Charibert établit sa résidence à Toulouse, et la troisième année de son règne, avec une armée, il soumit à son pouvoir toute la Gascogne, et par là étendit un peu plus son royaume.

Dagobert régnant déjà depuis sept ans, et en possession, comme, nous l’avons dit, de la plus grande partie du royaume de son père, alla en Burgondie. L’arrivée de Dagobert frappa d’une si grande crainte les évêques, les grands et tous les Leudes du royaume de Burgondie, que c’était une chose étonnante ; mais il procura une grande joie aux pauvres en leur rendant justice. Lorsqu’il vint à Langres, il jugea avec tant d’équité tous les Leudes, les pauvres comme les riches, que partout on le regarda comme tout à fait agréable à Dieu ; aucun présent, aucune acception de personnes ne pouvaient réussir auprès de lui ; le très haut Seigneur gouvernait par la seule justice. Étant ensuite allé à Dijon, et ayant passé quelques jours dans Saint-Jean-de-Losne, il établit avec un grand soin la justice sur tout le peuple de son royaume ; animé de ce bon désir, il ne mangeait ni ne dormait, voulant que tout le monde s’en retournât de sa présence après avoir obtenu justice. Le même jour qu’il voulait partir de Saint-Jean-de-Losne pour Châlons, étant entré dans le bain avant le jour, il fit tuer Brodulf, oncle de son frère Charibert, par les ducs Amalgaire et Arnebert et par le patrice Willibade.

Étant allé ensuite à Auxerre par Autun, il vint à Paris par la ville de Sens, et, abandonnant la reine Gomatrude à Reuilly, où il l’avait épousée, il se maria à une jeune fille, nommée Nantéchilde, et la fit reine. Depuis le commencement de son règne, suivant les conseils de saint Arnoul, évêque de Metz, et de Pépin, maire du palais, il gouvernait l’Austrasie avec tant de bonheur qu’il était loué par tous les peuples. Son courage avait tellement semé l’épouvante que tous les peuples se soumettaient à lui avec empressement, à tel point que ceux qui habitent sur la frontière des Avares et des Esclavons désiraient fort qu’il marchât contre ceux-ci, promettant hardiment qu’il les subjuguerait et tout le pays jusqu’aux terres de la république romaine. Après la mort de saint Arnoul, aidé des conseils de Pépin, maire du palais, et de Chunibert, évêque de Cologne, il gouverna tous ses sujets avec tant de bonheur et d’amour pour la justice qu’aucun des rois Francs ses prédécesseurs ne fût loué plus que lui. Il en fut ainsi jusqu’à son arrivée à Paris.

La huitième année de son règne, comme il parcourait l’Austrasie avec une pompe royale, il admit dans son lit une jeune fille, nommée Ragnetrade, dont il eut cette année un fils, nommé Sigebert.

De retour en Neustrie, il se plut dans la résidence de son père Clotaire, et résolut d’y demeurer continuellement. Oubliant alors la justice qu’il avait autrefois aimée, enflammé de cupidité pour les biens des églises et des Leudes, il voulut, avec les dépouilles qu’il amassait de toutes parts, remplir de nouveaux trésors. Adonné outre mesure à la débauche, il avait, comme Salomon, trois reines et une multitude de concubines. Ses reines étaient Nantéchilde, Vulfégonde et Berchilde. Je m’ennuierais d’insérer dans cette chronique les noms de ses concubines, tant elles étaient en grand nombre. Son cœur devint corrompu, et sa pensée s’éloigna de Dieu ; cependant en la suite (et plût à Dieu qu’il eût pu mériter par là les récompenses éternelles ! ) il distribua des aumônes aux pauvres avec une grande largesse, et, s’il n’eût pas détruit le mérite de ces œuvres par son excessive cupidité, il aurait mérité le royaume des cieux.

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