Annales Royales des Francs


Composé à partir de 788, le récit couvre la période allant de 741 à 829. La première partie de l’œuvre est attribuée à Hilduin, abbé de Saint-Denis, archiprêtre en fonction. Ces annales constituent l’une des sources principales pour les règnes de Pépin II, Charlemagne, et le début du règne de Louis le Pieux.
 Traduction  F. Guizot et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL - 162 pages.  23 euros

ISBN : 2 - 913944 – 23 – X     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
Annales Royales, années 800 et 801

800.
Le printemps était de retour ; le roi quitta Aix-la-Chapelle à peu près au milieu du mois de mars, parcourut le rivage de l’océan Gaulois, construisit une flotte sur cette même mer que les Normands désolaient alors par leurs pirateries, plaça des garnisons sur la côte et célébra la fête de Pâques à Saint-Riquier. Il suivit ensuite le rivage de la mer, gagna la ville de Rouen, passa la Seine en ce lieu, et se rendit à Tours pour y prier saint Martin ; il s’y arrêta quelque temps à cause de la mauvaise santé de sa femme Luitgarde, qui y mourut la veille des nones de juin [le 4 juin] et y fut enterrée ; il retourna ensuite à Aix-la-Chapelle par Orléans et Paris, se rendit à Mayence au commencement du mois d’août, et y tint l’assemblée générale ; là, le roi annonça le voyage d’Italie, partit avec son armée, et alla à Ravenne. Il n’y demeura que sept jours, et ordonna à Pépin son fils d’entrer avec cette même armée sur les terres des Bénéventins. Le roi quitta Ravenne, accompagna son fils jusqu’à Ancône, s’en sépara dans cette ville, et gagna Rome. Le pape Léon vint au devant lui jusqu’à Lamentana, et l’y reçut avec de grands honneurs.

Après le repas qu’ils prirent ensemble le roi demeura dans ce Etat, et le pape retourna à Rome. Le jour d’après, Léon, placé avec les évêques et tout le clergé, sur les degrés de la basilique de Saint-Pierre, reçut le roi, en louant et remerciant Dieu, à sa descente de cheval ; et tandis que tout le monde chantait des psaumes, il l’introduisit dans l’église de ce bienheureux apôtre en glorifiant, remerciant et bénissant Dieu. Ces choses se passèrent le 8 des calendes de décembre [24 novembre] ; sept jours après le roi convoqua une assemblé, déclara à tous pourquoi il était venu à Rome, et depuis donna chaque jour tous ses soins aux affaires qui l’avaient amené. Il commença par la plus importante, comme la plus difficile ; c’était l’examen des accusations dirigées contre le saint pontife ; mais comme personne ne voulut entreprendre de les prouver, le pape monta en chaire en présence de tout le peuple, dans la basilique de l’apôtre Saint-Pierre, prit l’Évangile dans sa main, invoqua le nom de la sainte Trinité, et se purgea par serment des crimes qui lui étaient imputés. Le même jour, le prêtre Zacharie, que le roi avait envoyé à Jérusalem, arriva à Rome avec deux prêtres qui venaient trouver le roi par ordre du patriarche ; ils lui apportèrent sa bénédiction, les clefs du saint sépulcre et du Calvaire, ainsi qu’un étendard. Le roi les reçut gracieusement, les retint quelques jours près de lui, les récompensa et leur donna audience, lorsqu’ils voulurent s’en retourner.

801. Le saint jour de la naissance du Seigneur tandis que le roi, assistant à la messe, se levait de sa prière devant l’autel du bienheureux apôtre Pierre, le pape Léon lui posa une couronne sur la tête, et tout le romain s’écria : " A Charles AUGUSTE, couronné par Dieu, grand et pacifique empereur des Romains, vie et victoire ! " Après laudes il fut adoré par le pontife, suivant la coutume des anciens princes et quittant le nom de patrice, fut appelé EMPEREUR ET AUGUSTE.

Peu de jours après il ordonna que ceux qui avaient déposé le pape l’année précédente fussent traduits en justice, et leur ayant fait leur procès, selon la loi romaine, ils furent condamnés à mort comme criminels de lèse-majesté. Mais le pape, touché d’une tendre pitié, intercéda pour eux auprès de l’empereur ; et la vie et l’intégrité de leurs membres leur furent conservées. Cependant ils furent envoyés en exil à cause de la grandeur de leur crime. Les chefs de cette faction étaient le nomenclateur Pascal, le sacristain Campulus, et beaucoup d’autres nobles habitants de Rome ; tous furent en même temps condamnés à la même peine. Quand l’empereur eut réglé toutes les affaires, non seulement publiques, mais aussi ecclésiastiques et particulières de la ville de Rome, du siège apostolique, et de toute l’Italie, ce à quoi il employa tout l’hiver, et après avoir envoyé de nouveau une expédition dans le pays de Bénévent avec son fils Pépin, il partit de Rome lui-même, après Pâques, le 7 des calendes de mai [24 avril], et vint à Spolète. Lorsqu’il y fut, la terre fut troublée à la seconde heure de la nuit, par un très grand mouvement qui secoua fortement toute l’Italie ; ce tremblement fit tomber une grande partie du toit de la basilique de Saint-Pierre avec ses poutres ; et dans plusieurs lieux les montagnes et les villes s’écroulèrent. Dans la même année plusieurs endroits tremblèrent en Gaule et en Germanie auprès du fleuve du Rhin, et la douceur de l’hiver de cette année causa ensuite une peste.

L’empereur se rendit de Spolète à Ravenne, y demeura quelques jours, et gagna Pavie, on lui annonça là que des ambassadeurs d’Haroun, roi des Perses, étaient entrés dans le port de Pise ; il envoya au devant d’eux, et se les fit présenter entre Verceil et Yvrée. Un d’eux (car ils étaient deux) était Perse d’Orient et envoyé du roi des Perses ; un autre, Sarrasin d’Afrique, et envoyé de l’Émir Abraham qui gouvernait le pays de Fez sur les confins de l’Afrique. Ils annoncèrent à l’empereur que le juif Isaac qu’il avait envoyé quatre ans auparavant au roi des Perses, avec Sigismund et Lantfrid, revenait avec de grands présents. Quant à Lantfrid et Sigismund ils étaient tous deux morts. Alors l’empereur envoya le notaire Ercanbald en Ligurie pour préparer une flotte qui apporta l’éléphant et les autres choses qu’Isaac menait avec lui. Il célébra le jour de la naissance de saint Jean-Baptiste à Yvrée, passa les Alpes et revint en Gaule.

Cette année Barcelone, ville d’Espagne, fut prise après un siège de deux ans ; on s’empara de Zate son commandant, et de plusieurs autres Sarrasins. La ville de Chieti, en Italie, fut aussi prise et brûlée ; on fit prisonnier son commandant Roselme. Les forts qui étaient autour de cette cité se rendirent. Zate et Roselme furent présentés le même jour à l’empereur, et condamnés à l’exil. Dans le mois d’octobre de cette année, le juif Isaac revint d’Afrique avec l’éléphant, débarque à Porto de Venere, et passa l’hiver à Verceil, parce qu’il ne pouvait traverser les Alpes couvertes de neige. L’empereur célébra la naissance du Seigneur au palais d’Aix-la-Chapelle.

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