CÉSAR - La guerre civile
Œuvres complètes
  Tomes 
  2


Caïus Julius Caesar (101 - 44 av. J.C.)
Jules César, homme politique et homme de lettre, jeta les fondements de l’empire romain. Il naquit à Rome dans une famille reconnue et influente. C’est à Rhodes, vers 82, qu’il étudie la rhétorique, alors qu’il est en exil. Chef du parti politique des Populares il revient à Rome après la chute de Sylla (78 av. J.-C.). Il entreprend une brillante carrière politique et devient consul. En 58, il s’engage dans la guerre des Gaules dont l’issue mènera en 49 à la guerre civile qui l’opposera à Pompée. Ces événements donnèrent naissance à deux œuvres : La Guerre des Gaules, puis les récits sur La Guerre civile. César, orateur de talent, développe un style clair et explicatif, fournissant de multiples renseignements et anecdotes sur les peuples celtiques et germaniques rencontrés lors des campagnes de Gaules. Il est assassiné le 15 mars 44 par un groupe de sénateurs obéissant aux ordres de Caïus Cassius et Junius Brutus.
Traduction M. Artaud et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL
TOME II
.  276 pages.  37 euros

ISBN : 2 - 913944 – 19 – 1     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
LA GUERRE CIVILE (livre I)
III. Sur le soir, la séance étant levée, Pompée mande tous les sénateurs ; il les encourage par ses éloges et excite, par des réprimandes, la timidité des autres. Il rappelle un grand nombre de vétérans de ses armées par l’espoir des récompenses et des grades ; les soldats des deux légions livrées par César, sont également appelées sous les drapeaux. L’agitation règne partout. Le tribun du peuple, C. Curion, invoque le droit des comices. Pendant ce temps, les amis des consuls, les partisans de Pompée, tous ceux qui avaient d’anciennes inimitiés contre César, se rendent en foule au sénat : leurs cris et leur concours intimident les faibles, rassurent ceux qui hésitent, enlèvent au plus grand nombre toute liberté de décision. Le censeur L. Pison offre d’aller vers César pour lui apprendre ce qui se passe ; le préteur L. Roscius fait la même proposition : ils ne demandent pour cela qu’un délai de six jours. Quelques-uns veulent qu’on envoie à César des députés qui lui exposent la volonté du sénat.

IV. On résiste à tous ces avis ; on leur oppose le discours du consul, de Scipion, de Caton. D’anciennes inimitiés et la honte d’un refus animent Caton contre César. Lentulus, accablé de dettes, espère une armée, des provinces, les largesses des rois avides de notre alliance, et se vante, parmi ses amis, d’être un autre Sylla, un maître futur de l’empire. Scipion se flatte du même espoir : uni à Pompée par les liens du sang, il pense partager avec lui le commandement des armées ; d’autres motifs l’animent encore, la crainte d’un jugement, l’intérêt de sa vanité, la faveur des hommes les plus puissants dans la république et dans les tribunaux. Enfin, Pompée, excité par les ennemis de César, et ne voulant point d’égal, s’était entièrement séparé de lui, et s’unissait à leurs ennemis communs, dont la plupart n’avaient été attirés à César que par son alliance avec Pompée. Son injustice même, la honte d’avoir fat servir à son pouvoir et à sa domination les deux légions destinées pour l’Asie et la Syrie, tout lui faisait désirer la guerre.

V. Par ces motifs, on se décide en tumulte et à la hâte : on ne laisse le temps ni aux parents de César de l’avertir, ni aux tribuns du peuple de détourner le péril qui les menace, ou de faire valoir leur dernier privilège, le droit d’opposition, que L. Sylla même avait respecté. Dès le septième jour, ils sont forcés de songer à leur sûreté, et jusqu’alors les tribuns les plus furieux n’avaient pas été inquiétés, avant le huitième mois, sur le compte qu’ils avaient à rendre de leur conduite. On rend ce terrible sénatus-consulte, le plus sévère dont s’armât la rigueur des lois, et qui jamais n’était porté que dans les grands désastres et les extrêmes périls : "Que les consuls, les préteurs, les tribuns du peuple, les consulaires qui sont près de Rome, veillent à ce que la chose publique ne reçoive aucun dommage." Ce décret fut rendu le 7 des ides de janvier. Ainsi, des cinq premiers jours du Consulat de Lentulus où le sénat put s’assembler, deux furent employés à la tenue des comices, et le reste à sévir, par des décrets, contre l’autorité de César et l’auguste majesté des tribuns. Les tribuns du peuple s’enfuient aussitôt de la ville, et se rendent près de César. Tranquille à Ravenne, il attendait une réponse à ses offres modérées : il espérait que l’équité des hommes permettrait le maintien de la paix.

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