CÉSAR - La guerre des Gaules
Œuvres complètes  -  Tomes  1  


Caïus Julius Caesar (101 - 44 av. J.C.)
Homme politique et homme de lettre, il jeta les fondements de l’empire romain. Il naquit à Rome dans une famille reconnue et influente. C’est à Rhodes, vers 82, qu’il étudie la rhétorique, alors qu’il est en exil. Chef du parti politique des Populares il revient à Rome après la chute de Sylla (78 av. J.-C.). Il entreprend une brillante carrière politique et devient consul. En 58, il s’engage dans la guerre des Gaules dont l’issue mènera en 49 à la guerre civile qui l’opposera à Pompée. Ces événements donnèrent naissance à deux œuvres : La Guerre des Gaules, puis les récits sur La Guerre civile. César, orateur de talent, développe un style clair et explicatif, fournissant de multiples renseignements et anecdotes sur les peuples celtiques et germaniques rencontrés lors des campagnes de Gaules. Il est assassiné le 15 mars 44 par un groupe de sénateurs obéissant aux ordres de Caïus Cassius et Junius Brutus.
Traduction M. Artaud et R. Fougères

TEXTE INTÉGRAL
TOME I. 
244 pages.  33 euros

ISBN : 2 - 913944 - 18 - 3     Éditions PALEO

EXTRAITS                                                                                                                                
LA GUERRE DES GAULES (livre VII)
I.
La Gaule étant paisible, César, comme il l’avait résolu, se rend en Italie pour y tenir l’assemblée ; là il apprend le meurtre de P. Clodius, et, sur la nouvelle du sénatus-consulte qui appelait aux armes toute la jeunesse d’Italie, il fait faire des levées dans toute la Province. Le bruit s’en répand bientôt dans la Gaule transalpine. Les Gaulois s’empressent de dire, et la circonstance portait à le croire, que César était retenu par des troubles civils, et ne pourrait, au milieu de si vifs débats, se rendre à l’armée. Cette occasion décida des peuples qui ne se voyaient qu’avec peine soumis au pouvoir des Romains, à former des projets de guerre avec plus de liberté et d’audace. Les principaux d’entre eux, s’étant rassemblés dans des lieux écartés et dans les forêts, se plaignent de la mort d’Accon ; ils se disent menacés du même sort, déplorent le triste état de la Gaule, promettent les plus belles récompenses à quiconque commencera la guerre, et délivrera la Gaule au péril de sa vie. La première chose à faire est de fermer à César le retour vers son armée, avant que leur projet n’éclate. Ils le pourront aisément ; les légions n’oseraient quitter leurs quartiers en l’absence du général ; il ne pourrait arriver à elles sans escorte : d’ailleurs, ne vaut-il pas mieux mourir en combattant, que de ne point recouvrer leur ancienne gloire et la liberté qu’ils ont reçue de leurs ancêtres ?

II. La question étant ainsi débattue, les Carnutes s’engagent "à braver tous les dangers pour le salut commun, et à se déclarer les premiers. Comme ils craignent qu’en se donnant mutuellement des otages, leur projet ne soit divulgué, ils demandent que l’on jure sur les étendards réunis (serment le plus sacré qu’ils connaissent), de ne point les abandonner après qu’ils auront commencé la guerre." Les Carnutes sont comblés d’éloges ; tous ceux qui étaient présents prêtent le serment, et, le jour de l’exécution ayant été fixé, l’assemblée se sépare.

III. Ce jour venu, les Carnutes prenant pour chefs Cotuatus et Conetodurius, hommes déterminés, courent à Génabe au signal convenu, et massacrent les citoyens romains que le commerce y avait attirés, entre autres C. Fusius Cita, honorable chevalier, à qui César avait donné l’intendance des vivres. Tous leurs biens furent pillés. Cette nouvelle parvint bientôt à tous les états de la Gaule ; car, toutes les fois qu’il arrive quelque évènement remarquable, ils l’annoncent aux campagnes et aux contrées voisines par des cris qui se transmettent de proche en proche. Ainsi, ce qui s’était passé à Génabe au lever du soleil fut su des Arvernes, avant la fin de la première veille, à une distance de cent soixante milles.

IV. Animé du même désir, Vercingetorix, fils de Celtillus, jeune homme puissant dans cette contrée, et dont le père, qui avait commandé toute la Gaule, avait été tué par ses compatriotes pour avoir aspiré à la royauté, rassembla ses clients et n’eut pas de peine à exciter leur ardeur. Sitôt que son projet est connu, on court aux armes : Gobanition, son oncle, et les principaux Arvernes, ne voulant pas tenter la même fortune, le chassent de Gergovie. Cependant il ne se rebute pas, et enrôle dans les campagnes des hommes pauvres et perdus de dettes. Avec cette troupe, il entraîne dans son parti tous ceux de la nation qu’il rencontre, les exhorte à prendre les armes pour la liberté commune, et, ayant réuni de grandes forces, il chasse à son tour les adversaires qui l’avaient banni. Ses partisans lui décernent le titre de roi ; il députe de toutes parts pour conjurer chacun de rester fidèle. En peu de temps il s’attache les Senonais, les Parisiens, les Pictons, les Cadurciens, les Turons, les Aulerciens, les Lémovices, les Andes et les autres peuples qui bordent l’Océan. Tous lui défèrent le commandement suprême. Revêtu de ce pouvoir, il exige de tous ces peuples des otages, et ordonne une prompte levée de soldats ; il fixe la quantité d’armes que chaque nation doit avoir dans un temps marqué ; il s’attache surtout à former la cavalerie. Joignant à l’activité une sévérité extrême, il contraint ceux qui hésitent, par la rigueur des châtiments. Une faute grave est punie par le feu et la torture ; pour d’autres plus légères, il fait couper les oreilles et crever les yeux, et renvoie alors les coupables, afin que la grandeur du supplice avertisse et effraie les autres.

V. Avec des moyens si cruels, il eut bientôt une armée. Il en envoya une partie chez les Ruténiens, sous les ordres du Cadurcien Lucterius, homme plein d’audace, et marcha lui-même contre les Bituriges. A son approche, ils députèrent vers les Éduens, leurs alliés, pour demander des secours qui les missent en état de résister aux ennemis. Les Eduens, de l’avis des lieutenants laissés par César près de l’armée, leur envoient des corps de cavalerie et d’infanterie. Mais, arrivées à la Loire qui sépare le territoire de ces deux peuples, ces troupes s’y arrêtèrent quelques jours, puis revinrent sans avoir osé la passer, alléguant à nos lieutenants que la crainte d’être trahies par les Bituriges leur avait fait rebrousser chemin ; qu’elles étaient informées que ces peuples d’un côté, et les Arvernes de l’autre, devaient les envelopper si elles passaient le fleuve. Dire si cette excuse avait un fondement réel ou n’était qu’une perfidie, c’est ce qu’on ne saurait décider. Aussitôt après leur départ, les Bituriges se réunirent aux Arvernes.

VI. A ces nouvelles, César, voyant les troubles de Rome apaisés par la fermeté de Cn. Pompée, partit pour la Gaule transalpine. Là, il se trouva fort embarrassé pour rejoindre l’armée. S’il faisait venir les légions dans la Province, il sentait que pendant la marche elles seraient forcées de combattre sans lui ; s’il allait vers elles, il ne pouvait avec sûreté se confier à ceux même qui semblaient alors paisibles.

VII. Cependant le Cadurcien Lucterius, envoyé chez les Ruténiens, les engage aussi dans l’alliance. De là il s’avance vers les Nitiobriges et les Gabaliens, en reçoit des otages ; et, à la tête d’une armée nombreuse, menace la Province du côté de Narbonne. Instruit de son dessein, César n’eut rien de plus pressé que de partir pour Narbonne : son arrivée calma les craintes. Il plaça des garnisons dans la partie des Ruténiens dépendante de la Province, chez les Volces Arécomiciens, chez les Tolosates, et dans les environs de Narbonne, tous voisins des ennemis. Enfin, il ordonna à une partie des troupes de la Province, et aux recrues qu’il avait amenées d’Italie, de se réunir sur le territoire des Helviens qui touche à celui des Arvernes.

VIII. Ces dispositions continrent Lucterius : il craignit de s’enfermer entre nos garnisons, et s’éloigna. César marcha vers les Helviens. Quoique les montagnes des Cévennes, qui les séparent des Arvernes, fussent alors couvertes de neige, et semblassent, dans une saison si rude, s’opposer au passage, cependant les soldats, à force de peine, écartèrent la neige haute de six pieds, et ouvrirent un chemin qui les mena chez les Arvernes. César étonna ces peuples par une irruption si subite ; car ils se croyaient défendus par les Cévennes comme par un mur impénétrable. Jamais, en cette saison, un simple voyageur ne s’y était frayé le moindre sentier. César ordonne à la cavalerie de s’étendre au loin, pour inspirer à l’ennemi plus de terreur. La renommée et de nombreux messages portent bientôt cette nouvelle à Vercingétorix. Les Arvernes effrayés l’entourent ; ils le conjurent de pourvoir à leur sûreté et de les garantir du pillage ; car tout le poids de la guerre allait peser sur eux. Touché de leurs plaintes, il lève son camp, et quitte le pays des Bituriges pour se rendre chez les Arvernes.

IX. César, qui avait prévu le parti que prendrait Vercingetorix, ne s’arrêta que deux jours en cet endroit, et quitta l’armée, sous prétexte de faire des recrues et de lever de la cavalerie. Il laisse le commandement au jeune Brutus, et lui recommande de faire battre au loin la campagne : il aura soin de ne pas être absent plus de trois jours. Tout étant réglé, il part, et se rend à grandes journées à Vienne, où on ne l’attendait pas. Là, prenant la cavalerie nouvellement levée qu’il y avait envoyée plusieurs jours auparavant, il marche jour et nuit, traverse le pays des Éduens, et se dirige vers les Lingons, où deux légions hivernaient. Il voulait prévenir les Éduens, dans le cas où ils trameraient quelque dessein contre lui. A peine est-il arrivé, qu’il donne ordre aux autres légions de le joindre, et les réunit toutes avant que les Arvernes puissent être instruits de sa marche. Dès que. Vercingétorix en eut avis, il ramena son armée chez les Bituriges et se disposa à faire le siège de Gergovie, ville tenue par les Boïens que César y avait établis, sous l’autorité des Éduens, après le désastre de la guerre helvétique.

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