AURELIUS VICTOR
Œuvres
complètes
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Aurelius
Victor |
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| TEXTE INTÉGRAL 214 pages. 33 euros |
ISBN : 2 - 84909 – 012 – 3 Éditions PALEO |
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EXTRAITS Cependant Carin, instruit de ce qui avait eu lieu, et dans l’espoir de comprimer aisément les troubles qui éclataient, se hâte, par un détour en Italie, de gagner rapidement l’Illyrie. Là, vainqueur de Julianus, il le fait égorger. Ce Julianus était correcteur chez les Vénètes, lorsqu’il apprit la mort de Carus ; impatient d’arracher l’empire à son ennemi, il accourut pour le combattre. Mais Carin, arrivé sur les frontières de la Mésie, livre aussitôt bataille à Dioclétien, près de Margus ; et tandis qu’il poursuit vivement les fuyards, il est tué par ses tribuns, dont il déshonorait les femmes, dans sa passion effrénée pour la débauche : les maris outragés voulaient faire trêve à leur indignation et à leur ressentiment jusqu’à l’issue de la guerre ; mais la crainte que le succès ne rendît le caractère de Carin de plus en plus insolent, les poussa à la vengeance. Telle fut la fin de Carus et de ses deux fils ; nés à Narbonne, ils avaient régné deux ans. Dans la première allocution qu’adressa Valerius à son armée, il tira son glaive, et, les regards fixés sur le soleil, il le prit à témoin qu’il ignorait le meurtre de Numérien, et qu’il n’avait pas désiré l’empire ; puis, se tournant du côté d’Aper, alors debout près de lui, il perça de son épée ce traître, qui, nous l’avons dit plus haut, avait fait périr un jeune prince, bon, éloquent, et gendre de son meurtrier. Dioclétien pardonna à tous les complices d’Aper ; il retint même auprès de sa personne la plupart de ses ennemis, entre autres Aristobule, personnage très considéré, qu’il laissa préfet du prétoire : exemple inouï, de mémoire d’homme, clémence inespérée ! Personne, dans une guerre civile, ne fut dépouillé de ses biens, de son honneur, de ses dignités : et pourtant alors nous applaudissons à la douceur et à l’humanité du vainqueur, lorsque seulement il fait trêve aux exils, aux proscriptions, aux supplices et aux massacres. Rappellerai-je encore que Dioclétien associa à son pouvoir plusieurs citoyens et même des étrangers, soit pour protéger, soit pour étendre les droits de l’empire romain ? Car, à la nouvelle qu’après le départ de Carin, Elianus et Amandus avaient rassemblé dans la Gaule une troupe de pâtres et de brigands, appelés Bagaudes par les naturels du pays, et qu’après avoir ravagé au loin les campagnes, ils tentaient de pénétrer dans la plupart des villes ; il se hâte de créer empereur Maximien, son ami fidèle, demi-barbare, il est vrai, mais doué d’une grande habileté pour la guerre et de beaucoup de jugement. Dans la suite, Maximien prit le surnom d’Herculius, du nom d’Hercule, sa divinité favorite, comme Dioclétien prit celui de Jovius : et l’on appliqua même ces deux surnoms aux légions auxiliaires qui se distinguaient le plus dans l’armée. Herculius partit ensuite pour la Gaule, qu’il eut bientôt entièrement pacifiée par la défaite ou par la soumission de l’ennemi. Dans cette guerre, le Ménapien Carausius se signala par de hauts faits ; et, comme il était fort habile dans la manœuvre des vaisseaux, métier que, dès sa jeunesse, il avait exercé pour vivre, les deux empereurs le chargèrent d’équiper une flotte et de repousser les Germains qui infestaient les mers. Fier de cette mission, comme il ne détruisit qu’un assez faible nombre de barbares, et qu’il fut loin de verser au trésor tout le butin conquis, craignant Herculius, et informé de l’ordre que ce prince avait donné de le mettre à mort, il prit le titre d’empereur, et s’empara de la Grande-Bretagne. A la même époque, l’Orient était fortement ébranlé par les Perses, l’Afrique par Julianus et par les nations quinquégentanes. Ajoutez qu’un certain Achilleus usurpait à Alexandrie en Égypte les insignes de la domination impériale. Ces événements déterminent les deux empereurs à s’associer, en les créant césars, Jules Constance et Galerius Maximin, surnommé Armentarius. Le premier épouse la belle-fille d’Herculius ; le second, la fille de Dioclétien, après avoir tous deux répudié leur première femme, ainsi qu’Auguste l’avait autrefois exigé de Tibère Néron, quand il lui donna en mariage sa fille Julie. Tous ces princes étaient Illyriens de naissance ; quoique peu civilisés, mais endurcis aux rudes travaux de la campagne et de la guerre, ils rendirent à l’État d’assez importants services. Ce qui prouve que le sentiment du malheur donne plus vite à l’homme la sagesse et la vertu ; tandis que ceux qui n’ont jamais connu l’infortune, en n’estimant leurs semblables qu’autant qu’ils sont riches, montrent beaucoup moins de pénétration. Au reste, la concorde qui régna entre ces princes fit bien voir que leurs qualités naturelles et leur expérience dans l’art militaire, qu’ils avaient appris à l’école d’Aurélien et de Probus, pouvaient presque leur tenir lieu des vertus qu’ils n’avaient pas. Enfin, ils honoraient Valerius comme un père, et même à l’égal d’un dieu puissant : or, ce qui donne encore plus d’éclat et de relief à de tels sentiments, ce sont les crimes commis entre les proches parents, depuis la fondation de Rome jusqu’à notre siècle. Comme le poids des guerres dont nous avons parlé précédemment devenait plus écrasant chaque jour, les deux empereurs et les deux césars firent entre eux une sorte de partage de l’empire : toutes les provinces au delà des Alpes Gauloises furent confiées à Constance ; Herculius eut l’Afrique et l’Italie ; Galerius, toutes les côtes de l’Illyrie jusqu’au Pont-Euxin ; Valerius se réserva tout le reste. Bientôt une partie de l’Italie fut soumise à des tributs plus qu’onéreux. Jusqu’alors elle était seule chargée de fournir, dans une proportion modérée, des vivres à l’armée et à l’empereur, qui toujours ou presque toujours y faisaient leur résidence ; on augmenta l’impôt, en vertu d’une loi nouvelle. Supportable toutefois à cette époque, parce qu’il n’était pas excessif, il est devenu, de notre temps, un fléau pernicieux. Cependant Jovius s’était mis en marche vers Alexandrie, après avoir confié au césar Galerius la mission de quitter les frontières illyriennes, pour s’avancer en Mésopotamie, afin d’arrêter les incursions des Perses. D’abord très maltraité par ces peuples, Galerius rassemble à la hâte une armée de vétérans et de nouvelles recrues, avec laquelle il marche contre l’ennemi, en traversant l’Arménie : ce qui est le moyen le plus facile, et peut-être le seul, de vaincre les Perses. Enfin là, il fait prisonniers le roi Narsès, ses enfants, ses femmes et toute sa cour. La victoire fut si complète, que, sans un refus de Valerius à la volonté toute-puissante, refus dont le motif est incertain, les faisceaux de Rome eussent été portés dans une province nouvelle. Cependant la partie la plus utile de cette contrée nous resta ; mais comme les Perses redoublèrent d’acharnement pour nous reprendre cette conquête, ce fut le sujet d’une guerre nouvelle, non moins sanglante que funeste. Sur ces entrefaites, en Égypte, Achilleus, battu sans peine, fut puni de son usurpation. En Afrique, les armes romaines eurent un égal succès ; Carausius seul obtint la concession de la Grande-Bretagne, quand on fut persuadé qu’avec les ordres et le concours efficace des habitants de l’île, nul n’était plus capable que lui de résister à des peuples belliqueux. Six ans après, il périt par la trahison d’un nommé Allectus, tout à la fois son subordonné et son collègue. Cet homme, qui redoutait la mort à cause de ses forfaits, avait, par un crime, envahi le pouvoir. Il n’en jouit pas longtemps ; car Constance le renversa en faisant marcher contre lui Asclépiodote, préfet du prétoire, avec une partie de la flotte et des légions. A cette même époque, les Marcomans furent taillés en pièces, et la nation des Carpiens, déjà transportée en partie par Aurélien sur notre territoire, y passa tout entière. On ne montra pas moins de zèle à s’astreindre aux devoirs de la paix ; les lois les plus équitables furent établies, et l’on destitua les agents des subsistances, véritables fléaux publics, auxquels ne ressemblent que trop ceux qui remplissent aujourd’hui les mêmes fonctions. Ces hommes, qui semblaient avoir été établis dans les provinces pour observer et faire connaître les mouvements séditieux qui pouvaient s’y élever, ne songeaient qu’à inventer de criminelles accusations, et au moyen de la terreur universelle qu’ils inspiraient, principalement aux citoyens les plus éloignés de Rome, ils exerçaient partout de honteuses rapines. L’approvisionnement de la capitale et les intérêts des contribuables provoquèrent alors les soins empressés et la vive sollicitude des empereurs ; en récompensant le mérite, et en punissant sévèrement le crime, ils excitèrent une heureuse émulation pour la vertu. Le culte des anciens dieux fut entretenu dans toute sa pureté ; de nouvelles constructions vinrent, comme par enchantement, embellir encore la majesté grandiose de Rome et des autres principales villes de l’empire, surtout Carthage, Milan, Nicomédie. Malgré ces belles actions, les deux empereurs n’étaient point exempts de vices. Ainsi Herculius se laissait emporter à de tels excès de débauche, que, dans ses goûts infâmes, il ne respectait pas même la personne des otages. Valerius témoignait envers ses amis une méfiance peu honorable pour eux, sans doute par crainte des discordes, à la suite de rapports perfides, qui pouvaient, selon lui, troubler la paix de l’intimité des gouvernants. Aussi, il paralysa, en quelque sorte, la défense de la capitale, en diminuant le nombre des cohortes prétoriennes et des citoyens armés : et dès lors il prit, disent plusieurs historiens, la résolution d’abdiquer. En effet, lorsque son génie scrutateur lui eut révélé des périls imminents, des guerres civiles marquées par le destin, et une sorte de bouleversement qui menaçait l’empire, il célébra la vingtième année de son règne, et, quoiqu’il eût encore toutes ses forces physiques et morales, il déposa les rênes du gouvernement. Ce fut avec la plus grande peine qu’il fit partager sa résolution à Herculius, qui avait régné un an de moins. Bien que l’incertitude d’une foule d’opinions diverses ait, au sujet de cette abdication, obscurci l’éclat de la vérité, nous pensons qu’il n’appartient qu’à un excellent naturel de mépriser ainsi la puissance, et d’aspirer à descendre du faîte des grandeurs à l’humble condition de la vie privée. |
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