|
EXTRAITS
HISTOIRE DE ROME
(livre XXVII)
I. Pendant cette rapide
succession de faits en Orient, les Alamans s’étaient en partie remis
des rudes coups que Julien avait portés à leur puissance, et le dépit
du traitement qu’ils venaient de recevoir les poussait à insulter de
nouveau les frontières, par eux longtemps respectées, de la Gaule. Aux
calendes de janvier, profitant de l’extrême rigueur de l’hiver dans
ces régions glaciales, plusieurs bandes firent ensemble irruption, et,
divisées en trois corps, se répandirent en pillant dans le pays.
Charietton, qui commandait sous le titre de comte dans les deux Germanies,
s’avança contre le premier corps avec ce qu’il avait de meilleures
troupes. Il avait appelé à lui Sévérien, qui était cantonné à
Châlons avec les Divitenses et les Tongriens, officier du même rang que
lui, mais vieux et infirme. Quand leurs forces furent réunies, ils
jetèrent avec promptitude et résolution un pont sur une rivière de
médiocre largeur ; et, du plus loin qu’on aperçut l’ennemi, l’action
s’engagea par des volées de traits et de flèches, que les barbares
rendirent aux Romains avec usure. Mais quand on en vint à combattre de
près l’épée au poing, notre ligne de bataille, ébranlée par le choc
impétueux des barbares, perdit toute vigueur et toute énergie ; et à la
vue de Sévérien renversé de cheval par un javelot, elle prit tout à
coup la fuite. En vain Charietton, gourmandant les fuyards et leur
opposant son corps pour barrière, tâcha de leur faire laver cette honte
en combattant de pied ferme : lui-même il reçut le coup mortel. Les
barbares, après sa mort, s’emparèrent de l’étendard des Hérules et
des Bataves, et, le plaçant en évidence, dansèrent autour avec des
trépignements d’insulte et de triomphe. Ce trophée ne leur fut repris
que fort tard, et au prix de beaucoup de sang.
|