LES EXPÉDITIONS D'ALEXANDRE LE GRAND
 ARRIEN 



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   ARRIEN
Historien et philosophe grec, disciple d'Épictète (89-166 av. J.-C.)
Citoyen romain, il fut consul, puis gouverneur de Cappadoce
avant de se retirer à Athènes

 Précédé de
Histoire des Perses et Histoire de l'Inde
par CTÉSIAS
Historien et médecin grec du Ve siècle
Médecin de Cyrus, puis d'Artaxerxès II  Mnemon

TEXTE INTÉGRAL
 316 pages.  37
euros
ISBN : 2 - 84909-150-2 
 Éditions PALEO

 EXTRAITS                                                                                                                                

HISTOIRE DE L'INDE - Ctésias

    
Dans ces montagnes de l'Inde où croissent les roseaux, il y a une nation d'environ trente mille âmes, dont les femmes n'enfantent qu'une fois en leur vie. Leurs enfants naissent avec de très belles dents dans les deux mâchoires. Les mâles et les femelles ont dès leur naissance les cheveux blancs, ainsi que les sourcils. Jusqu'à l'âge de trente ans ils ont le poil blanc par tout le corps ; mais à cet âge il commence à noircir, et lorsque ces hommes sont parvenus à soixante ans, leurs cheveux sont entièrement noirs. Les mêmes ont, hommes et femmes, huit doigts à chaque main et autant à chaque pied. Ils sont très belliqueux, et il y en a toujours cinq mille, tant archers que lanceurs de javelots, qui accompagnent le roi des Indiens dans ses expéditions militaires. Ils ont les oreilles si longues qu'elles se touchent l'une l'autre, et qu'ils s'en enveloppent le dos et les bras jusqu'aux coudes.

LES EXPÉDITIONS D'ALEXANDRE - Arrien
    
Alexandre mourut la cent-quatorzième olympiade, Hégésilas étant archonte à Athènes. Il était âgé de près de trente-deux ans et huit mois au rapport d'Aristobule. Il régna un peu plus de douze ans et demi.
     Il était d'un très bel extérieur, d'une résolution prompte et infatigable, d'un courage à toute épreuve ; avide de périls et encore plus d'honneurs et de gloire ; plein de piété, assez indifférent aux voluptés sensuelles, insatiable des plus nobles plaisirs, habile à saisir le meilleur parti dans des conjectures difficiles, à peser, à augurer les probabilités d'un succès, n'ayant pas d'égal dans l'art d'ordonner des troupes, de les armer, de les gouverner, d'inspirer de la confiance aux soldats, et de relever leur courage en donnant le premier l'exemple d'affronter les périls avec une constance inébranlable. Dans les entreprises douteuses, son audace décidait la victoire. Eh ! qui sut mieux que lui devancer les ennemis qu'il accablait de sa présence, avant qu'ils eussent pu seulement soupçonner sa marche ? Il fut religieux observateur de ses engagements, d'une prudence toujours en garde contre tous les pièges, d'une générosité qui, ne réservant rien pour lui seul prodiguais tout à ses amis.
     Que s'il faillit dans ses premiers mouvements de colère, s'il imita le faste insolent des barbares, il faut en accuser sa jeunesse, sa prospérité même, et surtout les flatteurs, cette peste des cours.
     Mais il faut remarquer à sa gloire que, de tous les despotes, il est le seul qui se soit sincèrement repenti. La plupart, en effet, s'obstinent iniquement dans leur faute qu'ils croient pallier en la soutenant ; comme si, dans ce cas, il pouvait y avoir un autre remède que d'avouer sa faute, et de l'avouer hautement ; l'offensé croit que l'injure s'allège par le repentir de l'offenseur : c'est une heureuse présomption qu'on cessera de mal faire alors que l'on confesse avoir mal fait.
      Que s'il a rapporté son origine aux dieux, ce n'est pas un grand crime ; il se proposait d'imprimer plus de respect à ses sujets ; imitateur en ceci de Minos, d'Eaque, de Rhadamante, de Thésée, d'Ion, qui ont fait remonter leur naissance, les uns à Zeus, les autres à Poséidon et à Apollon.
     Il revêtit l'habit des Perses, mais par politique, pour leur paraître moins étranger, pour contenir l'orgueil des Macédoniens : et tel fut le motif qui lui fit introduire les mélophores persans dans les rangs des Macédoniens et dans l'agema.
     S'il se livra à la débauche, ce fut moins par goût que pour complaire à ses amis ; car Aristobule rapporte qu'il buvait très peu.
     Que ceux qui blâment Alexandre ne le jugent pas sur des faits isolés, mais sur l'ensemble de ses actions ; que jetant ensuite un coup d'œil sur eux-mêmes, ils examinent leur propre faiblesse et la manière dont ils se sont réglés dans leur sphère étroite, avant que de condamner celui qui s'éleva au plus haut degré de gloire, monarque de deux continents, et dont la renommée s'est étendue par toute la terre. En effet, il n'est pas de nations, pas de cités, pas d'hommes qui ne connussent alors le nom d'Alexandre.
     Ce n'est pas sans une volonté spéciale des dieux qu'il a paru parmi les hommes dont aucun n'a pu lui être comparé. Je n'en veux pour preuve que cette foule d'augures et de visions qui ont accompagné sa mort, et le bruit de sa mémoire éternelle parmi les hommes, et les oracles rendus dans les derniers temps chez les Macédoniens, concernant les honneurs qu'ils lui décernent.
     Pour moi, je ne rougis pas de m'inscrire parmi les admirateurs d'Alexandre, quoique j'aie condamné quelques-unes de ses actions, par respect pour l'intérêt public et la vérité qui, d'accord avec les dieux, m'ont inspiré le dessein d'écrire son histoire.

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