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EXTRAITS
HISTOIRE DE L'INDE - Ctésias
Dans
ces montagnes de l'Inde où croissent les roseaux, il y a une nation
d'environ trente mille âmes, dont les femmes n'enfantent qu'une fois en
leur vie. Leurs enfants naissent avec de très belles dents dans les deux mâchoires.
Les mâles et les femelles ont dès leur naissance les cheveux blancs,
ainsi que les sourcils. Jusqu'à l'âge de trente ans ils ont le poil
blanc par tout le corps ; mais à cet âge il commence à noircir, et
lorsque ces hommes sont parvenus à soixante ans, leurs cheveux sont entièrement
noirs. Les mêmes ont, hommes et femmes, huit doigts à chaque main et
autant à chaque pied. Ils sont très belliqueux, et il y en a toujours
cinq mille, tant archers que lanceurs de javelots, qui accompagnent le roi
des Indiens dans ses expéditions militaires. Ils ont les oreilles si longues
qu'elles se touchent l'une l'autre, et qu'ils s'en enveloppent le dos et
les bras jusqu'aux coudes.
LES EXPÉDITIONS
D'ALEXANDRE - Arrien
Alexandre
mourut la cent-quatorzième olympiade, Hégésilas étant archonte à
Athènes. Il était âgé de près de trente-deux ans et huit mois au rapport
d'Aristobule. Il régna un peu plus de douze ans et demi.
Il était d'un très bel extérieur, d'une
résolution prompte et infatigable, d'un courage à toute épreuve ; avide
de périls et encore plus d'honneurs et de gloire ; plein de piété,
assez indifférent aux voluptés sensuelles, insatiable des plus nobles
plaisirs, habile à saisir le meilleur parti dans des conjectures
difficiles, à peser, à augurer les probabilités d'un succès, n'ayant
pas d'égal dans l'art d'ordonner des troupes, de les armer, de les gouverner,
d'inspirer de la confiance aux soldats, et de relever leur courage en
donnant le premier l'exemple d'affronter les périls avec une constance inébranlable.
Dans les entreprises douteuses, son audace décidait la victoire. Eh ! qui
sut mieux que lui devancer les ennemis qu'il accablait de sa présence,
avant qu'ils eussent pu seulement soupçonner sa marche ? Il fut religieux
observateur de ses engagements, d'une prudence toujours en garde contre
tous les pièges, d'une générosité qui, ne réservant rien pour lui seul
prodiguais tout à ses amis.
Que s'il faillit dans ses premiers mouvements de
colère, s'il imita le faste insolent des barbares, il faut en accuser sa
jeunesse, sa prospérité même, et surtout les flatteurs, cette peste des
cours.
Mais il faut remarquer à sa gloire que, de tous les
despotes, il est le seul qui se soit sincèrement repenti. La plupart, en
effet, s'obstinent iniquement dans leur faute qu'ils croient pallier en la
soutenant ; comme si, dans ce cas, il pouvait y avoir un autre remède que
d'avouer sa faute, et de l'avouer hautement ; l'offensé croit que
l'injure s'allège par le repentir de l'offenseur : c'est une heureuse
présomption qu'on cessera de mal faire alors que l'on confesse avoir mal
fait.
Que s'il a rapporté son origine aux dieux,
ce n'est pas un grand crime ; il se proposait d'imprimer plus de respect
à ses sujets ; imitateur en ceci de Minos, d'Eaque, de Rhadamante, de
Thésée, d'Ion, qui ont fait remonter leur naissance, les uns à Zeus,
les autres à Poséidon et à Apollon.
Il revêtit l'habit des Perses, mais par
politique, pour leur paraître moins étranger, pour contenir l'orgueil
des Macédoniens : et tel fut le motif qui lui fit introduire les
mélophores persans dans les rangs des Macédoniens et dans l'agema.
S'il se livra à la débauche, ce fut moins par
goût que pour complaire à ses amis ; car Aristobule rapporte qu'il
buvait très peu.
Que ceux qui blâment Alexandre ne le jugent pas
sur des faits isolés, mais sur l'ensemble de ses actions ; que jetant
ensuite un coup d'œil sur eux-mêmes, ils examinent leur propre faiblesse
et la manière dont ils se sont réglés dans leur sphère étroite, avant
que de condamner celui qui s'éleva au plus haut degré de gloire,
monarque de deux continents, et dont la renommée s'est étendue par toute
la terre. En effet, il n'est pas de nations, pas de cités, pas d'hommes
qui ne connussent alors le nom d'Alexandre.
Ce n'est pas sans une volonté spéciale des dieux
qu'il a paru parmi les hommes dont aucun n'a pu lui être comparé. Je
n'en veux pour preuve que cette foule d'augures et de visions qui ont
accompagné sa mort, et le bruit de sa mémoire éternelle parmi les
hommes, et les oracles rendus dans les derniers temps chez les Macédoniens,
concernant les honneurs qu'ils lui décernent.
Pour moi, je ne rougis pas de m'inscrire parmi les
admirateurs d'Alexandre, quoique j'aie condamné quelques-unes de ses
actions, par respect pour l'intérêt public et la vérité qui, d'accord
avec les dieux, m'ont inspiré le dessein d'écrire son histoire.
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