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Leopold
von Sacher Masoch et Vénus à la fourrure
Leopold von Sacher-Masoch est né le 27 janvier
1836
à Lemberg (actuellement L’vov en Ukraine). A cette date, la ville
faisait partie de la province de Galicie, sur les marches orientales de l’Empire
autrichien. A 300 km seulement à l’est de Cracovie, les influences
slaves y croisaient les influences germaniques. Les spectacles
folkloriques et les coutumes de cette région serviront souvent de cadre
aux quelques 120 récits ou nouvelles du romancier.
Son père, L. von Sacher, autrichien, fait une
carrière de préfet de police à Lemberg, Prague et Graz. Le jeune
Leopold découvre ainsi les rapports entre bras armé et autorité
légale.
Sa mère, Caroline Masoch, est la fille d’un
médecin renommé, recteur de l’Université de Lemberg et qui demandera
pour ses descendants le rattachement de son nom de famille Masoch à celui
des Sacher.
En 1848, deux ans après de violentes
révoltes sociales en Galicie, Leopold se trouve encore le témoin à
Prague des mouvements révolutionnaires qui secouent alors les nations
européennes.
En 1856, après avoir étudié l’histoire
et la philosophie à Graz, il entame une brève carrière d’enseignant
à l’Université de cette même ville alors qu’il n’a que vingt
ans...
En 1866, Leopold ressent l’écrasante
défaite de Sadowa qui conduira l’Empire autrichien à céder à la
Prusse son hégémonie de six cents ans. Dès lors, l’élite
intellectuelle d’Autriche accordera de moins en moins d’importance à
cet Empire en décomposition et tournera toute son attention sur le monde
intérieur de l’individu : les œuvres de Sacher-Masoch et plus
tard de Freud en seront les expressions les plus frappantes.
En 1869, Leopold rencontre la baronne
Fanny von Pistor, et signe avec elle un contrat qui l’oblige à
exécuter tous les ordres et désirs de sa compagne pendant six mois. Cet
engagement ne dure pas, mais dès 1870, cette expérience le
conduit à écrire une version définitive de Vénus à la fourrure
qui s’intègre dans un ensemble de récits publiés en allemand :
Le Legs de Caïn.
A cette même époque le philosophe Krafft-Ebing
qui fait des recherches sur la sexualité mentionne plusieurs fois les
pratiques auto punitives décrites par Sacher-Masoch et leur attribue
le premier le terme de "masochisme".
En 1873, Leopold épouse Aurora
Rümelin, incarnation pour lui de Mme Wanda de Dunajew (héroïne de sa Vénus
à la fourrure) avec laquelle il tentera à nouveau d’expérimenter
l’accomplissement de ses fantasmes.
En 1874, les éditeurs Hachette puis
Calmann-Lévy publient en français les nouvelles et récits de Leopold
qui rencontrent un très grand succès. Sacher-Masoch est alors
considéré comme le "Tourgueniev de la Petite-Russie".
En 1883, Aurora, que Leopold appelle
désormais Wanda, finit par le quitter, malgré le deuil d’un
enfant qui les unit. Après son divorce, Leopold épousera Hulda Meister,
prussienne et protestante, qui l’accompagnera jusqu’à la fin de sa
vie et lui donnera trois enfants.
En 1886 Leopold effectue un voyage à
Paris où il est accueilli avec faste, encensé par la presse, décoré de
la Légion d’Honneur.
Chose étrange, Vénus à la fourrure n’avait
jamais été intégrée dans les éditions françaises du Legs de
Caïn. Il faudra attendre 1902, sept ans après la mort de Leopold en 1895,
pour que ce récit soit publié, à la fois en langue française et
anglaise. Peu après cette date son œuvre tombe pour une longue période
dans l’oubli.
Vénus à la fourrure, à côté de
l’intérêt d’études psychanalytiques qu’elle a depuis lors
suscité, dévoile par ailleurs tout une facette baroque du romantisme
allemand. Ce récit à suspens débouche étrangement in fine sur
le rêve d’un idéal féminin où la femme serait la compagne [Gefährtin]
et l’amie de l’homme pour toujours.
Alain Berghmans
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