LE ROMAN DE RENART  I
 Tomes  1    


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Le Roman de Renart est un recueil de récits, appelés branches, écrits entre 1175 et 1250, par des auteurs dont la plupart sont restés anonymes. Ils mettent en scène des animaux et des hommes, à la manière des Fables, mais dans un but bien plus drolatique, voire satirique ou franchement subversif. On y trouve Ysengrin le loup et sa femme Hersent, Brichemer le cerf, Roonel le chien, Tibert le chat, Chanteclerc le coq, Noble le lion et la reine Fière, Tiecelin le corbeau, Grimbert le blaireau… et surtout Renart le goupil !
Manuscrit de Cangé, Paris, BNF, fr. 371
Traduit et présenté par Nathalie Desgrugillers

TEXTE INTÉGRAL
TOME I
256 pages.  22
euros

ISBN : 2 - 84909-237-1   Éditions PALEO

                                    
CONTENU DU TOME I
Présentation.
Qu’est-ce que le Roman de Renart. - Les grands groupes des branches du Roman. - Chronologie et filiation entre les branches. - Les auteurs, leurs sources et leurs influences. - La portée du Roman. - Les manuscrits. - Tableau comparatif des manuscrits et références. - Principes d’édition. - Petite chronologie renardienne.

Branche 1
. Le Jugement de Renart (Assassinat de dame Coupée ; Renart teinturier ; Renart jongleur).
Branche 2. Où maître Renart fit entrer Ysengrin dans le puits.
Branche 3. Genèse d’Ysengrin et de Renart : voici la branche qui raconte comment Renart et Ysengrin sont nés de la mer (Prologue ; genèse ; les jambons volés ; Chanteclerc ; la mésange ; Tibert et l’andouille).

Branche 4.
Des deux prêtres qui allaient au synode et de Tibert le chat.
Branche 5.. Ysengrin et les béliers, ou comment le loup dut partager les terres des deux moutons.

Branche 6. De l’Ours, d’Ysengrin et du Vilain qui montrèrent leurs derrières.
Branche 7. Où Renart doit prêter serment à Ysengrin (Tiecelin ; viol d’Hersent ; l’escondit)
 
Branche 8. Voici la branche contant la bataille qui opposa Renart et Ysengrin.
Branche 9. Le pèlerinage de Renart.                            

EXTRAIT                                                                                                                               

                
Voici la branche où maître Renart
             fit entrer Ysengrin dans le puits
(branche 2)
[…]
Seigneurs, sachez qu’en ce temps, à ce moment et à cette heure, Ysengrin, sans retard, sortait d’une lande pour chercher de la nourriture, tenaillé qu’il était par la faim. Au grand galop, il chevaucha vers la maison des moines ; il trouva l’endroit ravagé et se dit :
"Il est bien dommage que l’on ne puisse ici trouver ni viande ni autre chose que l’on aurait envie de demander !"
Il passa son chemin et alla en courant vers le guichet ; puis il se dirigea au grand trot sur le devant du couvent. Au milieu de la cour, il aperçut le puits dans lequel Renart s’ébattait. Soucieux, triste et irrité, il se mit à fixer l’obscurité du puits, tout comme l’avait fait Renart. Il crut que dame Hersent s’était hébergée là et que Renart se trouvait avec elle. Sachez que cela ne lui fit pas plaisir ! Il s’écria :
"Me voilà bien bafoué par ma propre femme, méprisé et déshonoré, alors que Renart le roux me l’enlève en l’ayant attirée dans ce puits ! Je suis trahi par ce larron qui trompe aussi ma bonne femme ; si je parviens à l’attraper, je m’en vengerais bien vite et n’aurais plus rien à craindre de lui."
Il se pencha vers la grande ouverture et cria :
"Qui es-tu garce avérée ? Voilà que je te trouve avec ce coquin de Renart !"
Il hurla une autre fois et sa voix ressortit. Tandis qu’Ysengrin se démenait, Renart restait silencieux, le laissant hurler quelque temps. Puis il eut envie de l’interpeller :
"Au nom de Dieu ! qui es-tu toi qui m’appelles ? Ne vois-tu pas ma condition ?
- Qui es-tu ? Réponds !
- Je suis votre bon cousin et jadis votre compère que vous aimiez plus que votre frère : on m’appelle feu-Renart, celui qui connaissait l’art des ruses.
- Tu es donc mort ? Cela me rassure, mais depuis quand es-tu mort ?
- Depuis peu ! Nul homme ne doit s’étonner de ma mort, car tous ceux qui sont en vie meurent un jour. Ils devront passer devant la mort, le jour où Dieu l’aura décidé. Quant à moi, Notre Seigneur me tient en si grande estime, qu’il a préféré m’épargner ces tourments. Je vous en supplie, cher et doux compère, veuillez me pardonner les colères que j’ai suscitées en vous !
- Je vous accorde mon pardon, dit Ysengrin, soyez pardonné devant moi et devant Dieu ; mais je suis bien triste de vous savoir mort !
- Moi j’en suis très heureux !
- Heureux ?
- Ma foi, oui !
- Cher compère, dis-moi donc pourquoi !
- Mon corps gît dans une bière, au logis d’Hermeline et mon âme est au Paradis, assise devant les pieds de Jésus-Christ. J’ai tout ce que je veux ! Et je parle sans être orgueilleux. Toi tu fais partie du règne terrestre alors que moi, je nage dans les cieux. Là, sont les meilleures cultures, les bois, les prairies, et bien d’autres richesses encore. On peut voir ici maintes victuailles, bœufs, vaches, moutons, éperviers, autours et faucons."
Ysengrin jura sur saint Sylvestre, qu’il aimerait être au même endroit.
- "Laisse cela, continua Renart, le Paradis est fait pour les esprits, tout le monde ne peut y accéder. Bien sûr, je fus toujours tricheur, félon, traître et de bien mauvaise compagnie, mais sache que jamais je n’ai touché ta femme, et Dieu, par sa grande vertu, l’a bien reconnu. Tu dis que j’ai souillé tes fils : en aucune façon ! Par le seigneur qui me donna la vie, je te dis aujourd’hui la vérité !
- Je te crois et te pardonne pour tout ce que tu as fait, répondit Ysengrin, mais fais-moi entrer là-dedans !
- Laisse, laisse, dit Renart, nous n’avons cure ici de bruit et de peine !"
Seigneurs, écoutez donc cette merveille. De son doigt, Renart lui montra le seau et le convainquit qu’il s’agissait de la balance de justice, qui pesait le bien et le mal :
- "Au nom de Dieu, notre Père qui est tout esprit, dit-il, Dieu est en ce lieu tout puissant. Lorsque tu jettes dans la balance tes bonnes actions ou tes méfaits, elle penche d’un côté ou de l’autre. Si tes bienfaits sont plus nombreux que les méfaits dont tu t’es rendu l’auteur, tu vas directement au Paradis. Mais l’homme qui ne s’est pas livré à la confession ne peut en aucun cas descendre dans ce puits, je te le dis bien. As-tu bien confessé tes péchés ?
- Oui, répondit Ysengrin, au vieux lièvre et madame Hersent, à la chèvre, en tout honneur et très saintement. Compère, je t’en supplie, n’attends plus, fais-moi entrer dans ce puits !"
Renart continua à l’observer :
- "Tu dois encore prier Dieu, pour qu’il fasse descendre sur toi sa grâce et son pardon, et afin que tu obtiennes la rémission de tes péchés. C’est à cette seule condition que tu pourras entrer."
Ne voulant pas différer davantage son entrée dans le puits, Ysengrin tourna son derrière vers l’Orient et sa tête vers l’Occident, hurlant et chantant.
Renart qui sait accomplir maintes merveilles se trouvait bien entendu dans l’autre seau, tout au fond du puits : on se souvient qu’une malheureuse aventure l’avait fait choir en cet endroit. Et puis il commençait à être sérieusement irrité par Ysengrin.
Ce dernier s’écria tout à coup :
- "Ça y est ! J’ai prié Dieu !
- Je t’en remercie, répondit Renart. Ysengrin, vois-tu devant toi ces merveilleuses chandelles ? Par elles, Jésus te montrera son pardon et t’accordera la rémission de tes péchés."
Ysengrin le crut et sans plus attendre sauta à pieds joints dans le seau. Bien sûr, comme il était le plus lourd, il descendit d’un coup dans le puits.
Écoutez maintenant cette discussion qui eut lieu entre Renart et Ysengrin lorsqu’ils se rencontrèrent dans le puits. Ysengrin interpella son compère ainsi :
- "Renart, cher frère ! Où vas-tu ?
- Ne t’affole pas, répondit Renart, je vais t’expliquer la coutume des lieux : quand l’un s’en va, l’autre s’en vient ! Je vais au Paradis là-haut et toi, tu descends aux Enfers. J’ai échappé au diable, alors que toi, tu es maudit. Au nom du Père, esprit tout-puissant, ici conversent les diables !"
Dès que Renart eut regagné la terre ferme, il se réjouit d’avoir eu enfin une guerre amusante à mener.
Voilà maintenant Ysengrin en bien mauvaise posture. Il aurait été pris devant Alep qu’il n’aurait pas été aussi affligé que de tomber dans ce puits.

[…]

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