TRISTAN ET YSEUT



Roman de Tristan (Thomas d'Angleterre)
La folie de Tristan (version d'Oxford)
Tristan (Béroul)
La folie de Tristan (version de Berne)
Traduit et présenté par Nathalie Desgrugillers-Billard

TEXTE INTÉGRAL  -  ISBN : 2 - 84909-237-1 
TOME I
256 pages. 33
euros
 

                       Extrait de LA FOLIE TRISTAN
                                            Manuscrit de Berne

Tristan continue son chemin, sans que rien ne l’arrête. Il marcha longuement à travers le pays pour retrouver l’amour d’Yseut. Tout ce qu’il faisait lui semblait bénéfique, rien ne lui déplaisait, hormis l’absence d’Yseut. C’est elle qu’il désire plus que toute autre chose ! Il ne s’est pas encore présenté à la cour, mais il ira, même si cela lui fait du tort ! Il a l’intention de se faire passer pour un fou qui veut parler à la reine Yseut.
     Il se rend tout droit à la cour où on lui ouvre toutes les portes. Lorsque Tristan se présenta devant le roi, il était dans un pitoyable état ! Il avait la tête rasée et le cou très long : il faisait le fou à merveille ! Il était maigre et avait le visage teinté de noir. Personne dans la salle n’aurait pu reconnaître en ce Tristan là, le jeune homme qui avait épousé la sœur de Caërdin. L’amour l’a poussé à redoubler d’efforts.
     Marc l’appelle et lui demande : "Fou, comment te nomme-t-on ?
     - J’ai pour nom Picous !
     - Qui est ton père ?
     - Un morse !
     - Qui t’a donné le jour ?
     - Une baleine ! J’amène avec moi l’une de mes sœurs qui se nomme Brunehaut. Je vous la laisse et je prends Yseut.
     - Si nous procédons à l’échange, que feras-tu ensuite ?
     - J’accomplirai des choses que tu ne vois qu’en rêve ! Entre le ciel et les nuages, là où il y a des fleurs et des roses en abondance et où il ne gèle jamais, je bâtirai une maison afin qu’elle et moi y vivions heureux. Mais que Dieu maudisse ces Gallois, je n’ai pas terminé mon histoire ! Roi, dites-moi où est Branguain ! Je te fais cette promesse : le breuvage qu’elle a donné à Tristan, et qui lui a valu tant de malheurs depuis, je l’ai goûté aussi avec la reine Yseut que je vois ici ! Demandez-le-lui ! Si elle affirme que c’est un mensonge, alors j’ai fait un songe car j’ai rêvé toute la nuit ! Roi, tu ne sais pas tout encore. Regarde-moi attentivement : ne suis-je pas Tantris ? Mettez le Tris devant le Tan et vous obtenez Tristan ! J’ai fait des bonds, lancé des joncs, jonglé avec des bâtons. Dans les bois, j’ai survécu en mangeant des racines et j’ai tenu la reine dans mes bras. Je pourrais en dire encore plus si je le voulais !
     - Tu vas te taire, Picolet ! s’écria Yseut, tout honteuse. Ton histoire peut tout à fait se terminer ici. Tes paroles me lassent : alors cesse tes plaisanteries !
     - Peu m’importe que cela vous agace ! Je n’en donne pas même un sou !"
     Tous les chevaliers se mirent à crier : "Avec le fou, rien ne sert, ni les querelles, ni l’obstination !"
     Tristan parle comme il en a envie ; il aime tant la reine Yseut.
     - "Oh roi ! reprit Tristan. Vous souvenez-vous de la grande peur que vous avez eue, un jour que vous alliez chasser dans la forêt ? Vous nous avez trouvés dormant l’un près de l’autre, dans une feuillée ; entre nous deux, mon épée était posée. Je faisais semblant de dormir car je n’osais pas m’enfuir ! La chaleur était aussi forte qu’au mois de mai ; un rayon de soleil traversait la feuillée et brillait sur le visage de la reine. Dieu faisait bien ce qu’il voulait ! Tu ôtas alors un de tes gants pour le placer devant la fente qui laissait passer la lumière. Tu es parti sans dire un mot et sans en faire plus. Mais je n’ai pas l’intention de tout raconter, la reine doit bien s’en rappeler !"
     Marc se tourna vers la reine qui tenait la tête baissée, cachée sous un pan de son manteau.
     - "Fou, dit-elle, maudits soient les marins qui t’ont conduit ici ! Ils auraient mieux fait de vous jeter par-dessus bord !
     - Dame, maudit soit ce cocu ! Si seulement vous pouviez me reconnaître, si vous m’aviez près de vous ! Je crois, si vous saviez qui je suis, que rien, ni porte, ni fenêtre ne vous retiendraient. Même les ordres du roi ne vous dissuaderaient pas ! Je porte encore l’anneau que vous m’avez donné lors de cette rencontre que je hais plus que tout ! Maudits soient ces adieux, car j’ai bien souffert depuis ! Consolez-moi de ce que j’ai perdu en m’accordant des baisers de fin’amor et des étreintes que dissimulera une couverture de belle étoffe ! Vous m’apporteriez beaucoup de réconfort ! Je suis mort si cela ne se produit pas ! Même Yder, qui tua l’ours n’éprouva pas tant de peine pour l’amour de la reine Guenièvre, l’épouse du roi Arthur ! Le mal d’amour que j’endure pour vous me fait mourir ! A l’insu de mes amis, j’ai quitté la Bretagne pour aller en Espagne ; même la sœur de Caërdin l’ignore encore ! J’ai tant erré, sur terre et sur mer, pour vous retrouver. Si je repars comme je suis venu, sans que nous ne nous soyons unis, j’aurais perdu toute ma joie et que jamais plus personne ne croie aux présages !"
     Dans la salle, chacun parle et murmure à l’oreille de son voisin : "A mon avis, le roi aura vite fait de croire à ce que dit ce fou !"
     Le roi demanda qu’on lui apporte ses chevaux ; il souhaitait aller admirer les oiseaux qui chassent les grues. Cela faisait bien longtemps qu’ils n’avaient pas quitté leur cage. La salle se vida tout à coup : tout le monde suivit le roi. Tristan se reposa quelques instants sur un banc. La reine se retira dans sa chambre toute pavée de marbre. Elle appelle sa suivante et lui dit :
     - "Par sainte Christine ! As-tu entendu toutes ces sornettes ! Que la goutte le prenne aux oreilles ! Il a fait ressurgir mon passé et Tristan que j’ai tant aimé et que j’aime encore, cela ne fait aucun doute ! Hélas ! Il me méprise sûrement aujourd’hui ; pourtant j’ai tant de mal à supporter son absence. Va chercher ce fou et amène-le-moi !"
     Branguain, encore en cheveux, va chercher le fou. Tristan la voit et s’en réjouit.
     - "Maître fou, ma dame demande à vous voir ! Vous avez accompli une prouesse aujourd’hui, en racontant ainsi votre vie ! Vous êtes pris de mélancolie et je crois, par Dieu, que celui qui vous pendrait ferait une bonne action !
     - Non Branguain, il ferait mal. Plus fou que moi monte à cheval !
     - Quel diable aux plumes sombres vous a appris mon nom ?
     - Ma belle, je le connais déjà ! Par ma tête qui fut blonde et qui a perdu la raison, c’est vous qui lui devez quelque chose. Dès aujourd’hui, belle, je vous demande de faire en sorte que la reine me félicite pour le quart de mon service ou la moitié de mon travail."
[…]

 

  Accueil / Home page                      Retour / Back                      COMMANDER/ORDER

© Editions L'Instant Durable
P.O. box 234 - 63007 Clermont-Ferrand cedex 1 - France
Fax 00 33 (0)4 73 91 13 87 - Email : art@instantdurable.com

Création et mise en forme de ce site :
L'Instant Durable et Laurent de Bussac