Marie de LARMINAT, comtesse des Garets

Souvenirs
d'une demoiselle d'honneur
de l'impératrice Eugénie


 

 TOME I   (1868-1871)
LA COUR A FONTAINEBLEAU
LE VOYAGE EN ORIENT
L'INAUGURATION DU CANAL DE SUEZ
144 pages, 25 euros
ISBN  2 84909 028 X

 

 TOME  II   (1870-1880)
L'impératrice en exil
La mort de NAPOLÉON III
et du prince IMPÉRIAL
252 pages, 30 euros
ISBN  2 84909
530 0


       Un jour du mois de juin 1868, mon oncle Georges de la Salle, officier d'ordonnance de l'empereur, m'annonça que l'impératrice me faisait adresser une invitation à la messe du dimanche suivant dans la chapelle des Tuileries. Grand événement ; grande émotion dans ma vie ! Je ne me doutais guère que j'étais appelée à une sorte d'entrevue où se jouerait tout mon avenir.
       Je me rendis donc, accompagnée de mon oncle, à cette messe de onze heures où la Cour assistait. A un moment, le regard de l'impératrice se posa longuement sur moi, puis je la vis sourire, et ce fut tout.
       Quelques jours après, mon oncle venait m'annoncer joyeusement que l'impératrice désirait m'attacher à sa personne comme demoiselle d'honneur. Je fus troublée au delà de tout ce que je peux dire. Je ne voulais à aucun prix quitter les miens, renoncer à mes études, à la douce vie familiale, à tout ce qui faisait ma joie, pour ce saut dans un inconnu qui m'épouvantait.. Mon oncle était consterné, ma mère se taisait, ma soeur pleurait dans un coin... On me laissa deux jours pour réfléchir.
       Il faut dire que je n'avais pas encore été dans le monde. Jamais on ne m'avait menée ni à un bal, ni à un théâtre quelconque. Tout m'était inconnu de la vie mondaine, et je réalisais, je pense, aussi complètement que possible, le type de la petite oie blanche que les générations nouvelles n'ont plus connu.
     C'est à Fontainebleau que je fus présentée à l'impératrice qui me demanda de commencer tout de suite mon service auprès d'elle :  je revois comme en rêve ce coin du salon Chinois où elle me reçut : quelques minutes d'audience, quelques mots aimables à ma mère, et je fus conduite à la chambre que je devais occuper.
       Si j'évoque ces premiers souvenirs ce n'est nullement que je veuille me glorifier de souvenirs intimes dont je ne me dissimule pas le côté naïf et un peu puéril. Je n'ai pour guide de ma mémoire que quelques notes hâtives, des lettres conservées dans les papiers de famille, des impressions de voyage. Je les transcrirai dans toute leur simplicité.
       Depuis la chute du Second empire, et surtout depuis la mort tragique du prince impérial, beaucoup de mémoires ont été publiés. Quelques-uns qui gardent seulement le souvenir des premiers temps ont voulu fixer pour la postérité la chronique mondaine de ces éblouissantes années ; ils ont évoqué la prospérité des débuts du règne, ses triomphes, ainsi que l'amour exalté de tout un peuple pour ses souverains. D'autres, à travers des récits plus ou moins véridiques, ont donné cours à de haineuses préventions, à des fables malveillantes dont rien ne doit subsister. Les prophètes du passé ont la tâche trop facile.
       Pour moi, je n'ai connu que le crépuscule de ce beau jour : après un voyage merveilleux où les circonstances m'ont placée dans l'intimité de l'impératrice, j'ai vu venir les sombres heures devancières de la catastrophe, puis la chute tragique et si rapide, puis l'exil.
       Pendant neuf ans, j'ai partagé cet exil, si dur, si déprimant avec ses déboires constants, ses espoirs toujours déçus, ses rêves illusoires et l'ensemble mensonger qui forme comme l'atmosphère des souverains après leur chute...

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