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EXTRAITS
Vie
de Pépin l’Ancien
Cet illustre prince, d’abord
maire du palais sous le roi Clotaire, père de Dagobert, jouit auprès de
lui d’un rare pouvoir et de la plus haute considération ; car le roi
connaissait et sa droite piété envers le Seigneur notre Dieu, et son
fidèle dévouement envers lui. Lorsqu’il se proposa de couronner son
fils Dagobert roi d’une partie de ses vastes États, comme il ne se
fiait point à son âge trop faible encore et à son esprit trop peu
mûri, ce fut de Pépin qu’il fit choix entre tous les grands pour
diriger l’âge tendre du jeune roi, et pourvoir à l’administration de
son royaume. L’adolescent lui fut donc remis entre les mains, et envoyé
en Austrasie, pour y régner avec l’appui des conseils et de l’habileté
d’un très sage gouverneur. Pépin s’appliqua non moins à inculquer
au jeune homme dont il s’était chargé la crainte de Dieu et l’amour
de la justice, qu’à l’orner d’habitudes excellentes, lui enseignant
ce qui est écrit : " Lorsqu’un roi juge les pauvres dans la
vérité, son trône s’affermira pour jamais. " Par sa sagesse, non
seulement Dagobert gouverna heureusement cette partie du royaume de son
père, mais, après la mort de celui-ci, il parvint à régner sur tous
ses États qui étaient fort étendus. Son frère Charibert et plusieurs
autres princes s’opposèrent à lui avec de grands efforts, chacun
combattant pour faire tomber sur lui-même la puissance royale. Mais leur
faction fut bientôt vaincue par les salutaires conseils du très habile
duc. Dagobert donc, bientôt affermi sur le trône, s’attacha
étroitement tous ses sujets par sa libéralité, sa justice, sa douceur,
et toutes les autres vertus qui conviennent à un roi. En sorte qu’il
surpassa en noble renommée tous les rois ses prédécesseurs, et que tous
le célébrèrent avec des louanges infinies. Il marcha dans cette royale
voie, dans cette vertueuse direction, aussi longtemps qu’il conserva les
saines doctrines de son très sage précepteur, et ne s’entoura pas de
ministres choisis selon ses passions. Heureux si, selon l’avis du sage,
entre ses mille fidèles, il n’eût pris qu’un seul conseiller ! Mais,
à l’exemple de Salomon, il laissa enfin corrompre son cœur par les
femmes ; et, comme une grande abondance et une liberté sans bornes
inclinent d’ordinaire la nature humaine à consentir au péché, parvenu
à l’affluence des richesses, et toutes choses lui tournant
favorablement, le roi se détourna du bien et de l’honnête vers le mal,
et ferma l’oreille aux avis salutaires. Il commença à s’enflammer d’avarice
aussi bien que de luxure, et outre ses concubines, dont le nombre était
fort considérable, il abusa, contre la loi canonique et la décence
royale, des embrassements de trois épouses. De quoi Pépin, ému de
douleur, le réprimandait avec une grande liberté de langage, lui
reprochant son ingratitude aux grands bienfaits de Dieu. Mais lui, plus
soumis à ses sales désirs qu’à de sages avis, aurait mieux aimé,
comme un insensé qu’il était, faire périr d’une manière quelconque
le médecin que de guérir de la fureur de son mal ; grandement excité au
crime par les suggestions perverses d’hommes réprouvés, méchamment
envieux des vertus de Pépin. Mais, semblable au saint animal qui porte
des yeux devant et derrière, Pépin voyait de tous côtés autour de lui,
et se conduisait prudemment avec tous. Cependant, pour me servir des
propres expressions de l’histoire des Francs, l’amour de la justice et
la crainte de Dieu qu’il aimait le délivrèrent du mal. Il n’y à pas
lieu de s’étonner si, corrompu par une si éclatante situation, le roi,
encore mal affermi dans la voie du Seigneur, se laissa choir de son
obéissance dans la maison de fornication et dans les désirs homicides,
puisque David, choisi selon le cœur de Dieu, et qui avait reçu l’enseignement
de ses prophètes, aussitôt que vint à lui manquer le poids des
afflictions, emporté par la légèreté d’un esprit lascif, se
précipita dans les embrassements illicites de la femme d’autrui ; puis,
pour couvrir l’infamie du crime qu’il avait commis, fit périr un
soldat dévoué à son service, ajoutant ainsi le meurtre à l’adultère.
Mais le Dieu très bon qui lava David de son crime par la pénitence,
conserva, par une circonstance inespérée, le roi Dagobert innocent du
sang du juste ; car, voyant qu’il ne pouvait faire tomber Pépin dans
ses pièges, et considérant en même temps, par de plus sages
réflexions, que sa dignité serait ébranlée s’il faisait périr un
homme noble, puissant, agréable au peuple par sa fidélité et sa
justice, il changea insensiblement de dessein, et commença à porter plus
de respect à l’illustre duc.
Enfin la haine que le roi avait conçue s’apaisa et fut changée en
bienveillance, tellement qu’il envoya sans aucune méfiance son fils
Sigebert régner en Austrasie, sous la tutelle de celui dont la fidélité
et l’utile habileté éprouvées par lui-même avaient, du vivant de son
père, fait prospérer sous ses lois l’administration de cette partie de
son royaume, et par qui, après la mort de celui-ci, tous ses ennemis
vaincus, il était parvenu à la possession générale de ses États. Par
les très sages conseils du même guide, la même prospérité passa à
son fils, et durant le règne de Sigebert, mais sous la régence de Pépin
et avec son secours, les Austrasiens défendirent vigoureusement leurs
frontières contre les barbares qui jusqu’alors avaient coutume de les
fatiguer de leurs incursions. Après la mort de Dagobert, Pépin aurait
fait transférer à Sigebert tout le royaume des Francs, si, après une
division de ce royaume, faite du temps de Dagobert, Sigebert ne s’était
engagé envers son père à se contenter de l’Austrasie, et à laisser
la Neustrie à son jeune frère Clovis. Cependant les riches trésors de
Dagobert étaient demeurés tout entiers en la puissance de Clovis et de
sa mère, la reine Nantéchilde. Pépin en réclama le partage avec l’évêque
Chunibert, l’obtint comme il le souhaitait, reçut la part légitimement
due au roi Sigebert, et la lui fit porter à Metz.
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